Armée du Salut, Cité de Refuge, Paris, France, 1929
La Cité de Refuge a été entreprise par l'Armée du Salut en 1929 et, après bien des difficultés vaincues, a été inaugurée le 7 décembre 1933. C'est le premier bâtiment d'habitation entièrement hermétique, qui comporte en particulier un vitrage de mille mètres carrés sans ouvrant. L'intérieur est muni d'un système d'air pulsé qui a donné des résultats parfaits en hiver et largement satisfaisants en été. Cette installation d'air pulsé, qui est la clef de voûte de ce bâtiment et, en même temps, des thèses actuelles de Le Corbusier, a été faite avec des crédits extrêmement faibles. Les résultats sont suffisants pour permettre tous les espoirs.

Ce bâtiment est construit en ciment armé: ossature de poteaux et planchers de béton, avec hourdis de terre cuite. Les poteaux reposent sur des pieux de béton armé, enfoncés dans le sol jusqu'à une profondeur de 12 à 15 m. Le sol était instable, envahi par les eaux souterraines de la Seine.

Le terrain était extrêmement défavorable: i1 ne fournissait qu'une façade de 17 m au sud, sur la rue Cantagrel, et une autre façade, à l'est de 9 m sur la rue Chevaleret. Tout le reste était en mitoyen. Si l'on avait admis de bâtir selon la coutume, à plomb sur la rue, tous les locaux se seraient trouvés sur cours et tous orientés au nord.

On a donc procédé à une classification nette des éléments de la Cité:

a) Un corps d'hôtellerie pour cinq à six cents lits, moitié pour les hommes, moitié pour les femmes.
b) Les réfectoires hommes et femmes se rapportant à l'hôtellerie.
c) La cuisine avec ses dépendances.
d) Le chemin de ravitaillement pour les camions. Tout ce groupe a constitué un élément de bâtisse prismatique de 75 m de long, adossé à la limite mitoyenne nord et ouvrant, par conséquent, toute sa façade entièrement au sud, sur 75 m de long, et à l'est, sur 9 m de large.
Ces deux façades furent constituées par des pans de verre hermétiques, passant au-devant des planchers de béton.
e) Le portique d'entrée sur la rue Cantagrel, avec le service de contrôle.
f) Les services publics de la Cité de Refuge, composés du hall de réception et d'enquête, pour tous les visiteurs désireux de s'orienter utilement (bâtiment circulaire, occupé par les officières des services sociaux).
g) Le hall général d'attente et carrefour de circulation.
h) Au-delà, les bureaux des officiers sociaux. Cet ensemble constitue une façon de hors d'œuvre, disposé au-devant du grand bâtiment de l'hôtellerie ; ce dernier sert, en somme, de fond au groupe très accidenté du portique et des services sociaux.
i) Grâce à la construction sur pilotis, on a pu récupérer un sous-sol en pleine lumière pour installer le dispensaire (médecin, infirmières, etc.) et, au-dessous encore, le vestiaire du pauvre (rotonde).
j) Face à ces services, la salle de réunion qui a pu être récupérée sous le hall d'entrée et dont le sol suit la déclivité du terrain.
k) Au-dessus du hall général, la bibliothèque des hommes.
1) Depuis le portique de la rue Cantagrel, une entrée particulière a été ménagée à l'ouest pour recevoir les vieilles - les épaves – qui ne doivent pas être mélangées aux autres de la Cité. De cette porte, on descend directement à un dortoir et à un réfectoire en relation avec la cuisine.
m) Enfin, depuis la rue Chevaleret, dont le niveau est de 3 m inférieur à celui de la rue Cantagrel, la route des camions, suivant une ligne sinueuse, débouche clans un petit jardin qui entoure la rotonde, sur lequel dégagent à l'ouest les ateliers de matelasserie.
n) Derrière l'atelier de matelasserie des femmes se trouve l'atelier de menuiserie et toutes réparations des hommes, dont l'entrée du personnel et des marchandises se fait au niveau de la rue Chevaleret par le jardin.
o) Couronnant le bâtiment de l'hôtellerie, se trouvent l'appartement du gouverneur de la Cité et les appartements du personnel.
p) Un solarium occupe la toiture de l'hôtellerie.

Comme l'indique la maquette, le bâtiment de l'hôtellerie se présentait sous la forme d'un prisme pur, tombant à pic sur la rue Chevaleret, mais le Conseil Supérieur des Bâtiments civils, présidé par M. Nenot, architecte actuel du Palais des Nations à Genève, refusa d'accorder cette tolérance, en invoquant le règlement des gabarits. Les architectes demandèrent le bénéfice de tolérance esthétique, parfois accordé pour édifices publics tels que grands magasins, églises, etc. Le Conseil Supérieur des Bâtiments civils répondit que cette tolérance pouvait être accordée pour des coupoles ou des clochers, mais que la ligne droite invoquée ici ne tombait pas sons le coup de l'esthétique.

Par la même occasion, le Comité Supérieur des Bâtiments civils refusait également l'autorisation de construire le dernier étage du pan de verre qui devait abriter la crèche, sous prétexte que la ligne de corniche serait dépassée de 40 cm. Les règlements admettent une saillie de corniche pouvant aller à 1 m; le projet ne comportait aucune corniche et, par conséquent, se trouvait encore à 6o cm en retrait des saillies autorisées. Malgré cela, le refus était formel. Néanmoins, pour pouvoir réaliser l'étage de la crèche, les architectes eurent l'idée inattendue d'incliner leur façade de 4o cm sur l'intérieur, depuis le bas jusqu'en haut; ainsi, l'obstacle était contourné: la façade est inclinée de 40 cm, personne ne s'en aperçoit. On peut même dire davantage : c'est que cette inclinaison donne à l'ensemble du bâtiment une impression de légèreté indiscutable.

L'inauguration du bâtiment eut lieu en décembre 1933, par le Président de la République, en une période de froid effroyable qu'on n'avait pas connu depuis 3o ans. L'opinion était très alertée et craignait que le grand vitrage ne fût une source de refroidissement dangereuse. La réalité est tout le contraire: un vitrage orienté au sud est une source de calories inestimable et constitue au contraire une grande économie tant dans l'installation des appareils de chauffage que dans la consommation de ceux-ci.

Le pan de verre, par contre, est périlleux en été si les méthodes dites de "respiration exacte" ou "air vivant" ne sont pas appliquées. Mais si un circuit d'air est établi à l'origine, dans une des parties fraîches du bâtiment, le vitrage n'intervient plus comme agent de malaise, puisque les poumons des habitants sont constamment remplis d'un air agréable en mouvement qui ne fait que passer.

Extrait de Le Corbusier et Pierre Jeanneret, Oeuvre complète, volume 2, 1929-1934
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