Musée, Ahmedabad, Inde, 1951
Les travaux d'Ahmedabad confiés à Le Corbusier représentent pour l'Inde un appel à la création architecturale sur une échelle différente de celle de Chandigarh. Ahmedabad est le centre des filateurs de coton; une aristocratie industrielle porte une attention très spéciale au problème de l'architecture.Le premier problème soumis à Le Corbusier fut la construction du Musée d'Ahmedabad.

Après discussion avec le Conseil Municipal, le thème se précisa, s'apparentant aux travaux que préparait le 8e Congrès CIAM d'Hoddesdon, juillet 1951, le Musée d'Ahmedabad devenait un "core", un "cœur", élément d'un centre civique. Le "Musée à croissance illimitée", inventé en 1930, s'applique cette fois-ci à un Musée de la Connaissance, thème déjà traité avant la guerre de 1939. Le terrain pouvait contenir encore une autre innovation: "le Théâtre Spontané" et "la Boîte à Miracles", deux moyens de vitalisation des énergies populaires.

Le terme: "Boîte à Miracles" signifie un théâtre où toutes les parties représentatives et décoratives disparaîtront; c'est l'abri d'une totale sobriété, l'attention est concentrée sur l'action qui bénéficiera de toutes les machines et de tous les mouvements. Réforme de la salle de théâtre que Le Corbusier avait eu l'occasion d'expliquer lorsqu'il présida l'une des réunions du Congrès du Théâtre à la Sorbonne à Paris en 1948.

Le musée est sur pilotis : on entre par dessous le bâtiment, dans une cour ouverte d'où part une rampe à ciel ouvert également. On pénètre à l'étage dans une nef à spirale carrée formée d'une double travée de 7 mètres entre poteaux espacés aussi de 7 mètres : total 14 mètres. Toutes dispositions sont prises contre la température excessive du jour. On admet que les visites se feront particulièrement le soir et à la nuit; elles s'achèveront sur la toiture qui offrira un étonnant parterre fleuri formé de plus de 45 bassins, de 50 m2 chacun, tous remplis d'eau sur une épaisseur de 40 cm. Cette eau est mise à l'abri du soleil torride par une végétation touffue; chaque bassin est semé, à pleine eau, de feuillages ou de fleurs, l'ensemble formant un damier bleu, rouge, vert, blanc, jaune, etc... L'eau de ces bassins est nourrie d'une poudre spéciale provoquant des croissances démesurées, hors du rythme naturel: fleurs immenses, fruits immenses, tomates immenses, courges immenses...

Cette solution de la toiture du musée d'Ahmedabad, expérimentale aussi bien que poétique, a sa source dans une conversation après dîner, chez la Princesse de Polignac vers 1930 à Paris, en présence de la Comtesse de Noailles, la poètesse, le Professeur Fourneau, Directeur de l'Institut Pasteur de Paris, et Le Corbusier. Le Professeur Fourneau avait dit : "M. Le Corbusier, avec quatre centimètres d'eau sur le parquet de ce salon et une poudre que je connais, je ferai pousser ici des tomates grosses comme des melons." Le Corbusier avait répondu: "Merci, je n'en désire pas tant!" Mais vers 1952 ou 53, lors des plans d'exécution du Musée d'Ahmedabad, le souvenir de cette conversation revint et une visite au Directeur de l'Institut Pasteur fut faite. M. Fourneau était décédé entre-temps. Mais l'Institut Pasteur mit une fois encore ses ressources à la disposition des inventeurs. Merci!

Sous ce plafond, ainsi mis à l'abri des effets du soleil, s'étend sous toute sa surface le local des installations électriques. La lumière est désormais employable en solo, en duo, en trio, en symphonie-au grave ou à l'aigu, selon des méthodes semblables à des partitions musicales. La lumière est devenue partie intégrante de l'action du musée sur le visiteur. Elle est élevée au rang de puissance émotive. Elle est devenue un élément déterminant de l'architecture.

Une des réussites de ce bâtiment s'inscrit dans la faible hauteur des pilotis dont le plafond est à 3 m 40 au-dessus du sol et dont le passage libre tout autour est de 2 m 50. Observez sur la coupe, l'enveloppe des choses visibles: 3 m 40 sous plafond et 2 m 50 de vide au pourtour constituent pour ainsi dire une coupole surbaissée. (2 m 50 tout le tour du bâtiment ouvrent sur les horizons sous la rondeur du bac à feuilles grimpantes permanentes (élément naturel d'isolation thermique).

Pour coffrer son béton armé, l'entrepreneur très consciencieux a fait un beau béton brut; l'Inde ne possède presque pas de bois de sciage à fibre droite, mais seulement des tôles. Le Corbusier a tenu à faire état de ces tôles dont les joints apparaissent nettement au décoffrage; le béton, étant laissé visible, bénéficie ainsi d'un "opus" moderne apparent introduit dans l'événement plastique architectural.

Dans les locaux constitués par la spirale de la double nef, la face interne des murs extérieurs sera plâtrée blanche tandis que la face interne des murs entourant la cour demeure en briques apparentes.

On sait que le Musée est à croissance non pas illimitée mais, ici, préparé pour passer de 50x50 m de côtés (2500 m²) à 84x84 m (7000 m2) par l'application d'une construction standard: un poteau type, une poutre type, une dalle type.

Extrait de Le Corbusier, Oeuvre complète, volume 5, 1946-1952
fleche_left
fleche_right
Musée, Ahmedabad
© FLC/ADAGP
1/20
Musée, Ahmedabad
© FLC/ADAGP
2/20
Musée, Ahmedabad
© FLC/ADAGP
3/20
Musée, Ahmedabad
© FLC/ADAGP
4/20
Musée, Ahmedabad
© FLC/ADAGP
5/20
Musée, Ahmedabad
© FLC/ADAGP
6/20
Musée, Ahmedabad
© FLC/ADAGP
7/20
Musée, Ahmedabad
© FLC/ADAGP
8/20
Musée, Ahmedabad
© FLC/ADAGP
9/20
Musée, Ahmedabad
© FLC/ADAGP
10/20
Musée, Ahmedabad
© FLC/ADAGP
11/20
Musée, Ahmedabad
© FLC/ADAGP
12/20
Musée, Ahmedabad
© FLC/ADAGP
13/20
Musée, Ahmedabad
© FLC/ADAGP
14/20
Musée, Ahmedabad
© FLC/ADAGP
15/20
Musée, Ahmedabad
© FLC/ADAGP
16/20
Musée, Ahmedabad
© FLC/ADAGP
17/20
Musée, Ahmedabad
© FLC/ADAGP
18/20
Musée, Ahmedabad
© FLC/ADAGP
19/20
Musée, Ahmedabad
© FLC/ADAGP
20/20