Palais des Soviets, Moscow, Russia, 1930
Ce projet a été commandé par le Gouvernement de l'U.R.S.S., qui, d'autre part, avait institué en Russie un concours pour le même objet. Ce Palais est destiné à couronner le Plan Quinquennal.
Le programme impliquait un complexe considérable de salles, de bureaux, de bibliothèques de restaurants, etc. : Une salle de 15.000 spectateurs pour les représentations de masse, avec une scène pouvant recevoir 1.500 acteurs et un matériel important. Les annexes d'une telle salle sont considérables : tout d'abord le vestiaire (neige à Moscou) et les vestibules, salons et restaurants de toute nature. Ces derniers éléments ont été dénommés par les auteurs : "Forum" ; un réseau très particulier de circulations permettant à diverses catégories d'auditeurs de disposer des services les concernant : ambassadeurs, presse étrangère, presse soviétique. D'énormes dépendances pour les acteurs.

De plus, un circuit permettant d'organiser à travers la scène des défilés venant de l'extérieur et ressortant après avoir traversé le plateau.

Une visibilité parfaite pour tous les spectateurs. Un problème "d'acoustique équivalente" pour chaque auditeur.

Le plafond de cette salle représente donc une conque sonore parfaite dont tous les points provoquent les incidences nécessaires pour arroser la salle d'ondes équivalentes. La maquette construite a permis de réaliser une expérience intéressante de réfraction des ondes. Une ampoule électrique a été disposée à l'emplacement de l'émetteur de son et le résultat a été celui-ci c'est que 15.000 places de la salle se sont trouvées éclairées également, les dernières comme les premières. L'expérience était concluante; elle représentait, reportée dans le domaine des ondes sonores, la répartition absolument régulière du point d'émission à l'oreille des auditeurs.

Ce point d'émission occupe un lieu mathématique. Le dispositif était le suivant : créer entre la scène et la salle un abîme de 11 mètres de largeur, destiné à laisser se perdre l'onde directe. Disposer dans l'espace situé à 24 mètres au-dessus de la scène, un appareil de réception de tous les sons émanant de l'immense plateau. Relier cet appareil à un émetteur placé devant la scène au point mathématique sur lequel était réglée désormais la construction entière et rigoureuse de la conque sonore constituant le plafond de la salle. Les parois latérales de la salle étaient disposées de façon à éviter toute réfraction d'ondes parasites.

Le premier projet exprimé sur les dessins comporte un aspect provisoire de la conque sonore de la salle. De suite après la remise du projet, des études extrêmement rigoureuses furent entreprises pour réaliser l'acoustique scientifique, en collaboration avec Gustave Lyon qui rechercha la courbure du plafond par des moyens graphiques et également avec MM. Morin, ancien élève de l'École Polytechnique, et Marty, ancien élève de l'École Normale ; ceux-ci obtinrent des résultats à peu près identiques parle calcul mathématique.

Cette salle constitue donc une unité intégrale dans tous ses points; elle répond rigoureusement à une fonction précise.

Le projet comportait aussi une salle de 6.500 spectateurs : cette salle était à fins multiples : réunions annuelles de la IIIe Internationale; représentations théâtrales; concerts; conférences; cinéma; etc.

La première affectation impliquait des liaisons avec des services très complexes de bureaux, de commissions, de vestibules, de salons, etc., et un classement tout particulier des participants. De là un réseau de circulation rigoureux : des portes distribuées en des endroits favorables, et de chacune de ces portes des "routes" conduisant à destination (en particulier les rampes qui cantonnent les façades latérales). De cette façon, de nombreuses catégories de spectateurs pouvaient, soit dans le hall, soit dans la salle, se voir en toute facilité mais ne pouvaient pas se rejoindre.

La salle était à galerie; chaque catégorie de public disposait de salons et de restaurants. Le plafond prenait ici une attitude inattendue nécessitée par le tracé acoustique.

Pour les représentations théâtrales, la scènerie avait été disposée d'une manière nouvelle. On s'était proposé de supprimer définitivement les entractes. On voulait, de plus, pouvoir construire des décors en relief et ne plus se contenter des portants et des coulisses, etc., traditionnels. Par conséquent, l'immense espace réservé jusqu'ici au-dessus de la scène pour le logement des décors traditionnels était supprimé. Un dispositif par rotation dans le sens des aiguilles d'une montre et son plan vertical, permettait d'avoir constamment quatre décors en travail : l'un servait à jouer; au-dessous, le décor précédant était démoli; à côté de ce décor en démolition se construisait un autre décor et, au-dessus, de ce dernier, se trouvait prêt à être employé, le décor devant suivre immédiatement la scène en jeu. Un tel dispositif permettait donc de créer des décors en ronde-bosse; les décors en ronde-bosse peuvent être construits de façon à constituer des projecteurs pour la voix, c'est-à-dire devenir des auxiliaires acoustiques considérables.

Le projet comportait aussi deux salles de 500 auditeurs et deux salles de 200.

Il avait été prévu le lieu des grandes manifestations de plein air pour 50.000 personnes, sur la plate-forme servant de toiture au vestibule de la grande salle. Cette plate-forme était disposée au pied du grand mur courbe servant de fond à la scène de la grande salle; la courbure de ce mur évitait toute réfraction parasite d'ondes.

La tribune d'orateur était installée en extrémité du bâtiment d'administration; elle était munie d'une conque sonore rabattant la voix de l'orateur sur un microphone placé devant lui, lequel était relié derrière la conque de l'orateur à un amplificateur tourné en sens inverse; cet amplificateur s'adressait non pas à la foule, mais à un immense réflecteur de béton servant de terminaison au bâtiment de l'administration; la voix venant se briser contre ce réflecteur était réfléchie et dispersée régulièrement sur toute la surface de la grande esplanade des 50.000 auditeurs.

Le bâtiment réservé à l'administration du Palais affectait un emplacement et une forme très particulières. Ce bâtiment était disposé de façon à être relié à tous les organes du Palais par des corridors particuliers. L'administration était en contact direct, en circuit fermé, tant avec la grande salle de 15.000 auditeurs qu'avec celle de 6.500, la bibliothèque et les vestibules, les petites salles, etc.

Ce projet n'a pas eu de chance : il a provoqué un intérêt considérable à Moscou. Son exécution fut même envisagée. Mais subitement... ce fut la réaction violente : le Palais des Soviets, couronnement du Plan Quinquennal, serait en Renaissance italienne!

La réaction accusait ce Palais d'être une usine. Il est évident que de tels problèmes qui ne peuvent être réalisés que par le fer et le béton perdent toute parenté immédiate avec les styles anciens.

Par exemple, les salles de 15.000 et de 6.500 sont des organes biologiques qui obéissent à des calculs mathématiques. Ces calculs, si un esprit plastique en guide l'application, peuvent conduire à une harmonie impeccable, à une splendeur très semblable à celle des formes de la nature. C'est ici que le calcul rejoint les lois du monde et que le, principe d'unité se manifeste : cosmos et œuvre humaine. Les amateurs de "styles" ont du mal à comprendre ceci : c'est que certains programmes conduisent à la création d'organismes, ces organismes obéissent aux lois de la pesanteur, aux lois de la résistance des matériaux, aux lois de l'acoustique, aux lois de la visibilité, aux lois de la circulation, aux nécessités de la respiration, etc... De telles conditions impératives déterminent un état de choses impératif. Cet état peut passer de la simple satisfaction des besoins matériels à la splendeur de l'architecture qui est poésie, lyrisme, commotion par l'effet de rapports inattendus.
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Photo : Jean-Michel Bossu
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Photo : Lucien Hervé
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