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La colline et la chapelle de Ronchamp
Vue de loin, l’implantation de chapelle de Notre-Dame-du-Haut à Ronchamp est d’une clarté exemplaire : le socle est la colline elle-même, le corps du bâtiment est un espace vide fermé par un large toit. La référence à l’architecture du néolithique est évidente et cependant une question surgit : pourquoi, à la fin de sa vie, Le Corbusier contredit-il sa contribution peut-être la plus importante à l’histoire de l’architecture, qui a été la suppression du soubassement, la mise à distance du sol, le pilotis ?

J’essaie de comprendre. L’édifice doit accueillir une foule de pèlerins ; il faudrait une église énorme pour tous les accueillir, ce qui est impossible. Corbu propose d’accueillir les pèlerins à l’extérieur, sur le socle, sur la colline, en réalisant un édifice dont l’espace intérieur est le négatif de l‘espace extérieur : la leçon est de Borromini.

[…]Au dehors, les pèlerins prient ensemble dans la lumière du jour. À l’intérieur, dans la pénombre, on s’arrête un instant pour se recueillir.

Avec ce chef d’œuvre de clarté et d’extrême simplicité, Corbu contredit sa propre élaboration théorique et la rend encore plus évidente, en l’enracinant non pas dans des manifestes mais dans les questions fondamentales de l’architecture, une histoire de chefs d’œuvres.

Pour cette raison, Ronchamp est son chef d’œuvre, l’œuvre qui non seulement précise et résume sa pensée, mais aussi l’œuvre qui montre au grand jour ses références les plus éloquentes et ses racines les plus lointaines.

In Livio Vacchini, Chefs d’œuvre
Éditions du Linteau, Paris 2006
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La colline et la chapelle de Ronchamp
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