Restauration de la Maison La Roche

La Fondation Le Corbusier a décidé d’engager la restauration de la Maison La Roche classée Monument Historique. Au-delà d’une indispensable campagne de conservation, ce projet vise à remettre la Maison La Roche comme œuvre de Le Corbusier répondant à la commande et au programme fixé par son propriétaire. Ainsi il est apparu nécessaire de rétablir la séparation entre la Maison La Roche et la Maison Jeanneret, fusionnées à la création de la Fondation pour répondre à des besoins d’espaces pour les archives. Fidèlement à cette démarche, la Fondation a également souhaité rendre visitable au public, l’ensemble des espaces de la maison, révélant ainsi le programme confié à Le Corbusier confronté aux contraintes imposées par la géométrie de la parcelle et aux règlements de mitoyenneté. Jusqu’alors les visiteurs ne découvraient que les espaces jugés majeurs, le grand hall, la galerie de peinture, la salle à manger. Désormais, chaque pièce retrouve sa place et sa fonction au sein du parcours de visite : l’appartement du gardien, la cuisine et le cabinet de toilette, le dressing. La chambre puriste lieu mythique de la maison La Roche, où Raoul La Roche exposait ses toiles puristes préférées est redevenue l’espace architecturé conçu par Le Corbusier et Pierre Jeanneret.

Cet objectif de restitution d’une promenade architecturale a été accompagné d’une intervention en conservation traitant le clos et couvert de l’édifice. Ainsi l’ensemble des menuiseries extérieures a été restauré selon une démarche de conservation. Cette doctrine impose le maintient des ouvrages authentiques altérés en réduisant strictement leur remplacement. Cette intervention a permis la conservation des menuiseries en bois et en fer posées en 1923.

L’intervention la plus spectaculaire a concerné la reprise des monochromies intérieures. La restitution de la mise en couleur de Le Corbusier s’est appuyée sur une démarche de recherche méthodique. Le fond archivistique de la Fondation conserve le devis de l’entreprise de peinture A. Celio précisant d’une part la liste des pigments utilisés (terre de sienne, ocre jaune, bleu charron…), d’autre part, sujet qui s’est révélé fondamental, la technique de mise en œuvre, à partir de l’indication des liants utilisés. Deux techniques sont décrites, que les analyses de laboratoire conduites dans le cadre des travaux de restauration ont largement confirmé : la peinture à la colle et la peinture à l’huile. La peinture à la colle est réservée aux espaces majeurs (vestibule, salle à manger, chambres…), et la peinture à l’huile aux pièces de service (cuisine, office, cabinet de toilette…) et aux ouvrages incompatibles avec l’emploi de la colle comme les menuiseries extérieures, les portes métalliques…

Cette répartition est caractéristique d’habitudes parisiennes favorisées par l’emploi du plâtre pour réaliser les enduits intérieurs. Ces enduits assurent la continuité spatiale d’un volume régulier puriste conçu à partir d’une structure hétérogène composée d’une ossature de béton armé et d’un remplissage en parpaing de mâchefer. Une campagne de sondages systématique, confiée à la restauratrice de peintures Ariel Bertrand, a permis d’identifier les mises en teinte successives, révélant les premières couleurs choisies par Raoul La Roche et Le Corbusier. Le parti de restauration retenu a consisté à restituer la mise en couleur d’origine aussi bien pour le choix des couleurs que pour les techniques de mise en œuvre.

Ce choix scientifique a remis en cause une vision communément partagée de la période puriste de Le Corbusier qui aurait eu recours au blanc et aux couleurs pastel. Le vestibule peint à la colle est un espace ombré d’une légère teinte ocre, pouvant se raccorder avec élégance avec l’ancienne façade extérieure aujourd’hui blanche mais autrefois traitée en enduit ton pierre. Cette recherche soigneuse a bénéficié de l’expérience et du savoir faire de Katrin Trautwein fabricant et fournisseur des peintures.

Cette mise en couleur s’est accompagnée d’une restitution de la mise en lumière d’origine utilisant des objets types d’origine industrielle. L’éclairage provenait principalement de nombreuses appliques utilisées pour des vitrines et adaptées par l’architecte. Il a fallu reconstituer l’implantation d’origine à partir des photographies de Fred Boissonnas et concevoir une réplique moderne en laiton peint, substitut réglementaire aux modèles anciens. L’appareillage d’origine (prises, interrupteurs) a été strictement conservé mais rendu inactif pour des raisons de sécurité.

La galerie de peinture, lieu majeur de la Maison La Roche, telle qu’on la connaît aujourd’hui a connu trois interventions successives conduites par Le Corbusier et Pierre Jeanneret : le chantier d’origine de 1923 lui confère la géométrie actuelle des espaces ; en 1928, la refonte radicale des aménagements (parquet, mobilier, éclairage) témoigne de la présence de Charlotte Perriand dans l’atelier de la rue de Sèvres ; les derniers travaux de 1936 visent à améliorer l’isolation thermique et acoustique par le doublage des parois à l’aide de plaques d’Isorel assemblées par des couvre-joints. Des sondages préalables ont révélé les dispositions oubliées de la galerie 1923 utilisant les mises en œuvre emblématiques du premier chantier avec des parois en plâtre peintes à la colle. La conservation de l’état 1936 a nécessité la reprise des doublages d’Isorel, déformés, altérant la géométrie régulière des volumes de la galerie. Restauration de techniques du XXe siècle, le projet a été confronté à l’évolution des fournitures qui ne permettent plus aujourd’hui de trouver des plaques d’épaisseur et de dimension équivalentes aux originales. La même difficulté a été rencontrée pour les mises en œuvre de sols souples attestés par les devis, linoléum de teinte havane et sols caoutchouc rose ou gris, remplacés lors des différentes campagnes d’entretien.

Édifice restauré, la Maison La Roche est désormais destinée à l’accueil du public comportant la prise en compte des règles de sécurité. Cette réflexion délicate a justifié la mise en place d’un balisage anti panique et la pose d’ouvrages complémentaires sur le garde-corps de la coursive du vestibule traité de manière contemporaine et strictement réversible.La Maison La Roche restaurée, participe totalement à la réflexion sur la conservation du patrimoine du XXe siècle et vient illustrer, dans le cadre de la proposition transnationale d’inscription de l’œuvre de Le Corbusier au Patrimoine mondial, comment une restauration méthodique peut restituer l’authenticité d’un édifice exceptionnel.

Pierre-Antoine Gatier, Maître d’Œuvre - Architecte en Chef des Monuments Historiques

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