Je déclare en tout cas, ici, tester la totalité de ce que je possède en faveur d'un être administratif, la « Fondation Le Corbusier », ou toute autre forme utile, qui va devenir un être spirituel, c'est-à-dire une continuation de l'effort poursuivi pendant une vie.

Le Corbusier
Note du 13 janvier 1960

Charles-Edouard Jeanneret, architecte encore débutant et artiste en devenir, affiche très tôt sa volonté d'atteindre des objectifs ambitieux et son désir de laisser derrière lui les traces significatives de cet effort, plus durables que son existence terrestre : « Que la vie ait un but et non pas que la vie ne soit qu'une flèche lancée vers la mort », écrit-il à ses parents en 1910.

Devenu Le Corbusier, sans héritiers directs et guidé par la crainte que les archives et les œuvres qu’il a soigneusement conservées ne soient dispersées après sa mort, il s’est attaché pendant les quinze dernières années de sa vie à concevoir et à mettre en œuvre, jusque dans ses moindres détails, le projet d’une Fondation qui porterait son nom.

Dès 1949, dans un courrier qu’il adresse à son ami Jean-Jacques Duval pour lequel il a construit l’Usine de Saint-Dié, il écrit :

On peut casser sa pipe à toute heure de la vie. J’en parlais avec mon frère, venu passer quelques jours ici. J’ai pris des dispositions, d’accord avec ma femme, pour léguer aux pauvres ce que je possède.
Or, ce que je possède peut faire du papier à brûler, ou mieux. J’ai ici, 24 rue Nungesser et Coli (et même 35 Sèvres dans une cave) des archives considérables et multiformes : dessins, écrits, notes, carnets de voyage, albums, etc. Il ne faudrait pas qu’un voyou quelconque puisse venir piller sans coup férir, et annuler des séries qui valent parce qu’elles sont groupées.
En deux mots, il faudra qu’on étudie un peu mes archives afin de les valoriser utilement (pour vendre ou pour donner à des gens, des institutions, des musées).
Conclusion : cette lettre a pour but de vous mettre la puce à l’oreille et de vous prier – lorsque l’heure aura sonné – de prendre immédiatement possession, c'est-à-dire contrôle de mes archives afin de les mettre à l’abri d’une dispersion erronée.
Et cette présente lettre, avec ma signature vous sert de pièce formelle à toutes fins utiles.

Avec mon amitié et ma gratitude.

Le Corbusier, L'Atelier de la recherche patiente, p.93, 20 juillet 1962

© FLC/ADAGP
Brochure publiée à l'occasion de l'inauguration des locaux de la Fondation, 23 octobre 1970
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Taureau XIII, huile sur toile, 1956
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André Wogenscky et Le Corbusier à Orly, 1958
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Le Corbusier, Note dactylographiée du 13 janvier 1960, page 2
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Bernard Anthonioz, Jean Prouvé, Eugène Claudius-Petit et Le Corbusier, atelier du 35 rue de Sèvres à Paris, janvier 1964
Photo : Lucien Hervé
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