Fortement mobilisé par les grands chantiers qui démarrent au début des années cinquante, Le Corbusier, néanmoins toujours soucieux de son projet de Fondation, n'a plus beaucoup de temps à y consacrer. Ce n'est qu'en 1957, dans les jours qui précèdent son soixante-dixième anniversaire, que sa préoccupation prend un tour plus formel : dans une série d'échanges épistolaires avec son ami le banquier Jean-Pierre de Montmollin, il lui demande conseil pour établir le statut juridique de la Fondation à venir. Il lui fait part de ses intentions dans une lettre du 1er octobre 1957.

Pour poursuivre la question de la Fondation Le Corbusier, je te donne ci-dessous communication des décisions prises avec mon frère Albert lors de sa visite de dimanche dernier, 29 septembre.

  • Nous avons convenu que la petite maison du Lac, et son terrain, qui nous appartiennent en indivis en tant qu'héritiers de notre père (selon la loi suisse), pourraient être, dès maintenant, données à la Fondation envisagée de façon à la domicilier en Suisse pour des raisons de facilité de succession ou d'héritage.
  • Cette petite maison servirait également de « Fondation Albert Jeanneret », musicien, où serait conservée sa quantité considérable de manuscrits musicaux et qui serait autorisée à tout instant dans l'avenir à publier les œuvres musicales d'Albert Jeanneret.
  • Il faut trouver l'articulation utilse qui permette d'arracher à nos deux personnes, Albert Jeanneret et Le Corbusier (par suite de décès de l'un ou de l'autre), la propriété subite de la maison car nous n'avons pas d'héritiers valables.
  • Et par-dessus le marché, pour les Messieurs de nos âges, il faut toujours craindre un grappin mis par d'astucieuses sirènes s'illusionnant sur la fortune des nations !

C'est très sérieux ce que je te dis ici et je crois que c'est indispensable de réaliser ces deux choses dès maintenant : la donation de la maison du Lac et celle de la maison Square du Docteur Blanche.

Le Corbusier associe très vite à la concrétisation de son projet Gabriel Chéreau, son conseil, avocat nantais, qui avait assuré sa défense lors du procès de Marseille et obtenu pour lui la commande de l'Unité d'habitation de Rezé. Il sera chargé de rechercher la forme juridique idéale et d'en rédiger les statuts. Le Corbusier fait également appel aux compétences d'experts complémentaires, Alphonse Ducret, ingénieur, président de la fédération internationale du bâtiment, et son notaire Me Maguet.

Les archives laissées par Le Corbusier témoignent de la place croissante que prend dans sa vie la réalisation de cet objectif : courriers à ses amis, aux responsables publics, à des personnalités étrangères ; notes dans ses carnets, traces diverses sur des feuillets ou des cartons (invitations, menus, programmes), textes dactylographiés à l'atelier, lettres manuscrites envoyées de Roquebrune-Cap-Martin, réunions à l'appartement rue Nungesser et Coli ...

Petite maison au bord du lac Léman, Corseaux
Photo : Olivier Martin-Gambier 2006
© FLC/ADAGP
Villa le Lac, Corseaux
Photo : Olivier Martin-Gambier 2005
© FLC/ADAGP
Sur le toit de l'Unité d'habitation de Nantes-Rezé, Gabriel Chéreau, José-Luis Sert, André Wogescky, Le Corbusier
Photo : Lucien Hervé
© FLC/ADAGP
Maison La Roche, Paris
Photo : Fred Boissonnas
© FLC/ADAGP
Inauguration de la Maison La Roche, Paris
Photo : Peter Willi 1970
© FLC/ADAGP
Albert Jeanneret, violoniste, frère de Le Corbusier
© FLC/ADAGP
Maison La Roche, hommage à Raoul La Roche, Inauguration de la Fondation, Paris, octobre 1970
Photo : Peter Willi
© FLC/ADAGP
Villa Le Lac, Corseaux
© FLC/ADAGP
Villa Le Lac, Corseaux
© FLC/ADAGP
L'Atelier de Le Corbusier, 35 rue de Sèvres, années 50
© FLC/ADAGP