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Ville de Chandigarh

Inde, 1952

Historique et développement

L’arrière-plan historique

La construction de Chandigarh fut envisagée peu après l’accession à l’indépendance de l’Inde en 1947, la douloureuse et chaotique expérience de la partition du pays ayant paralysé l’état du Penjab, notamment par la perte de sa capitale historique de Lahore. Ses frontières ainsi redéfinies, le Penjab avait besoin d’une nouvelle ville, à la fois pour héberger d’innombrables réfugiés et pour servir de siège à son gouvernement nouvellement constitué. Les travaux débutèrent aux premiers mois de 1951 et la Phase One fut pour l’essentiel achevée en 1965.

Parmi les quatorze villes nouvelles construites en Inde à cette époque, la seule autre capitale d’État était Bhubaneswar. Mais c’est Chandigarh qui deviendra le symbole de la modernisation de l’Inde après l’indépendance, des aspirations progressistes de la nouvelle république et, sur le plan idéologique, de sa lutte pour l’indépendance. Avec le soutien actif de Jawaharlal Nehru, Premier Ministre de l’époque, et de son gouvernement, Chandigarh fut façonnée comme ville de prestige, comme idéal esthétique et, surtout, comme utopie sociale. Elle est devenue ainsi la première ville indienne de l’époque postcoloniale à pourvoir même « les plus pauvres d’entre les pauvres » d’une infrastructure culturelle et sociale généreuse et de perspectives équitables d’une socialisation à la fois digne et saine.

D’emblée, il était clair que le projet de Chandigarh ne pouvait guère se limiter à une simple démarche confinée au niveau local. New Delhi ayant accepté d’assurer un tiers du financement initial, la ville serait, sur le plan national, un instrument manifeste et convaincant du développement économique et social, mais aussi une vitrine pour les bienfaits du mécénat libéral et éclairé. C’est Nehru qui a le plus clairement exprimé cette vision : « que cette nouvelle ville soit le symbole de l’émancipation de l’Inde, libre des traditions et des entraves du passé … l’expression de la foi en l’avenir d’une nation ». Le Ministre de la Santé, Raj Kumari Amrit Kaur, voulait que la « … nouvelle capitale du Penjab soit l’apothéose de la beauté, de la simplicité, et d’un niveau de confort qu’il nous incombe de donner à chaque être humain, » tandis que Gopi Chand Bhargava, alors Premier Ministre du Penjab de l’Est, exprimait le souhait que Chandigarh devienne « la capitale la plus séduisante du monde. »

Une fois la décision prise de traiter Chandigarh comme l’expression matérielle de l’optimisme et du dynamisme d’une nation nouvellement indépendante, il s’est agi de situer cette ville par rapport à la matrice complexe de l’architecture indienne, dont l’histoire dans l’Inde d’avant l’indépendance s’étend depuis la civilisation de la vallée de l’Indus, vieille de 5 000 ans, jusqu’à New Delhi, capitale du Raj britannique. Situés entre ces deux extrémités se trouvent des villes comme Jaipur ou, plus près de Chandigarh, Patiala, lesquelles, ainsi que presque toutes les villes médiévales de l’Inde, étaient structurées autour d’un palais royal occupant une position centrale agrémentée de jardins réservés au roi et sa cour. Cependant, pour la majorité du peuple indien, les conditions de vie d’une ville moyenne de 1947, qu’elle soit d’origine coloniale ou autochtone, revenaient à être confiné dans des structures obsolètes et extrêmement exiguës. Comme il s’agissait de trouver un symbole approprié, un modèle architectural et social pour une nation démocratique et nouvellement indépendante, et qu’aucune ville existante n’aurait fait l’affaire, il devint important de prendre un nouveau départ et de créer «…une ville nouvelle, libre des traditions et des entraves du passé… ».

La Zone centrale : urbanisme

Compte tenu des considérations précédentes, la décision déterminante fut prise, avant même d’engager des urbanistes ou des architectes, d’abandonner l’idée du recours à une ville existante comme siège de la nouvelle capitale, et de construire ex nihilo sur un site nouveau. Par conséquent, on a recherché d’un emplacement central, sûr, au climat favorable, proche de sources d’eau, de matériaux de construction et de réseaux de transport. Le site définitivement retenu témoignait de diverses qualités : stabilité de la zone en question, bon approvisionnement en eau par la nappe phréatique et inclinaison favorable du terrain, proximité d’un gisement de calcaire facilitant la mise en place d’une usine de ciment, présence dans le voisinage d’importantes quantités de roches de construction. Un avis, daté du 23 mars 1948, interdisait dans la zone retenue, réservée à la construction de la nouvelle capitale, toute construction ou vente de terrain. Grâce au Land Acquisition Act de 1894, l’intégralité du terrain a été acquise dans une seule opération, permet- tant ainsi de limiter d’éventuelles spéculations foncières suite au développement.

Si, en 1947, l’Inde comptait d’excellents ingénieurs en nombre suffisant, le pays était moins bien loti quant aux compétences autochtones en matière d’urbanisme, surtout d’un genre adapté à la réalisation de cette utopie moderniste. C’est ainsi que l’on s’est tourné vers des experts venus de l’hémisphère occidental. En même temps, compte tenu des éléments spécifiques du projet, les recherches se sont affinées dans le sens « … [d’]un bon architecte moderne qui ne serait pas tributaire d’un style établi, mais qui serait capable d’élaborer une conception nouvelle à partir des exigences du projet, adaptée au climat Indien, aux matériaux disponibles et aux fonctions de la nouvelle capitale. »

Vers la fin du mois de décembre 1949, le programme de la nouvelle capitale avait été confié à Albert Mayer, un urbaniste américain qui connaissait bien l’Inde. Avec son associé, Matthew Nowicki, Mayer a créé le Plan Directeur de base et le schéma détaillé d’un superbloc. La mort de Nowicki dans un accident d’avion a cependant rendu nécessaire la quête d’un nouvel urbaniste compétent. Le 30 décembre 1950, une commission formée de deux membres, l’administrateur en chef P.N. Thapar et l’ingénieur en chef P.L. Varma, s’étant rendus en Europe dans ce but, avait arrêté le choix des membres d’une nouvelle équipe dirigée par Le Corbusier et dans laquelle figuraient Pierre Jeanneret, Maxwell Fry et Jane Drew.

Tandis que Jeanneret, Fry et Drew devaient établir leur résidence en Inde pour une période de trois ans, Le Corbusier, lui, était tenu d’effectuer deux séjours annuels d’un mois. Jeanneret, Fry et Drew avaient la responsabilité des autres constructions de la ville : logements de fonction, écoles, centres commerciaux, hôpitaux et autres structures municipales. En plus d’être le “directeur spirituel” de ce projet, Le Corbusier aurait la responsabilité du Plan Directeur, de la conception du Capitole et de ses structures. Cependant, même si chaque architecte travaillait indépendamment des autres, la mise en commun de préoccupations telles l’économie, le climat et les matériaux locaux, ainsi que l’idéologie du CIAM (tous en faisaient partie), a fini par créer un style unique, le « Style Chandigarh ».

Les premiers ingénieurs et administrateurs sont arrivés sur le site en 1949. S’agissant de créer un campement pour le personnel de chantier et un entrepôt pour les matériaux de construction, le gouvernement avait arrêté le choix d’un emplacement dès le mois de septembre, 1950. L’accord conclu avec Le Corbusier et son équipe avait précisé l’acceptation par celui-ci du Plan Mayer mais, à commencer par la nécessité avérée de déplacer le site du Capitole, des considérations pratiques n’ont pas tardé à écarter ce plan.

Le Schéma Directeur de Le Corbusier fut arrêté dès les premiers mois de 1951, et les travaux de terrassement des routes ont débuté peu après. Des constructions provisoires furent également entreprises, des maisons d’officiers, un secrétariat provisoire, une usine thermique, ainsi que le forage de puits à tubage pour l’approvisionnement en eau. En 1952, lors de la visite de Nehru à Chandigarh, les contours de la ville étaient déjà nettement visibles. L’inauguration officielle par le président de l’époque, le Dr. Rajendra Prasad, eut lieu le 7 octobre 1953 et à cette occasion, le Gouvernement du Penjab quitta son campement de Simla pour s’installer dans un secrétariat provisoire à Chandigarh. En l’espace de trois ans seulement et sur un site inoccupé, une ville nouvelle avait vu le jour.

Les premières constructions permanentes étaient des logements de toutes catégories, destinés aux fonctionnaires de l’administration et leurs familles. Ce fut pendant ces premières années, alors que le Schéma Directeur était encore en cours d’élaboration, que les mesures législatives permettant de préciser la politique d’arborisation et de contrôles architecturaux furent prises. La première de ces mesures, le Capital of Punjab (Development Regulation) Act, fut votée par le Parlement Indien en 1952, et ensuite en 1953 par la Punjab Legislature. En même temps, il y eut le Punjab New Capital (Periphery Control) Act, 1952. La même année sont entrés en vigueur les Development and Regulation Act, Building Rules et les Chandigarh (Sale and Site) Rules, de même que le Chandigarh (Tree preservation) Order. Ainsi, la législation urbanistique de la nouvelle ville était-elle bien codifiée avant même la construction de la ville.

L’historique des premiers temps de la ville se divise pour l’essentiel en trois phases. Au cours des cinq premières années, la construction de la ville fut menée principale- ment par l’administration. La période entre 1955 à 1960 fut celle du développement, avec l’agrandissement des quartiers résidentiels et la multiplication des écoles, ainsi que la réalisation de nouveaux instituts et départements universitaires. Mais ce fut aussi une époque où le secteur privé se lança dans la construction. À la fin de 1961, lors de la publication du premier recensement, les grands bâtiments publics, le Secrétariat, la Haute Cour et l’Assemblée étaient déjà construits, et la population avait dépassé 100 000 personnes.

À la fin de l’année 1966, les quartiers résidentiels de la première phase de Chandigarh étaient pour la plupart habités. Mais cette année marque d’une autre manière la fin de cette première phase du développement historique de Chandigarh, car il s’agit de l’année du décès des trois principaux acteurs de sa construction, Pierre Jeanneret, Le Corbusier et Pandit Nehru

Parallèlement, se produisit un événement imprévu, d’origine politique, qui aura des répercussions sur la croissance de Chandigarh. Il s’agissait du redécoupage de l’État du Penjab pour créer les deux nouveaux États de l’Haryana et de l’Himachal Pradesh. Lors de cette réorganisation, Chandigarh s’est vu attribuer le rôle de « territoire d’union », administré sous sa propre juridiction. Si la ville était devenue le siège administratif aussi bien de son propre territoire et des deux nouveaux États, elle avait en revanche perdu la juridiction de la plus grande partie de sa “Périphérie”. Sur un total de 1 430 km2 de la surface d’origine, dénommée Periphery Control Area, 1 021 km2 – soit 71 % – étaient dévolus à l’état du Penjab ainsi reconstitué, et 295 km2 – soit 20 % – à celui, nouvellement constitué, de l’Haryana. Ainsi, le Territoire d’Union de Chandigarh comprenait à présent les 70 km2 représentés par la ville elle-même, en plus des 44 km2 des communes attenantes – soit au total 114 km2, l’équivalent d’environ 8 % de sa surface d’origine.

Dans le cadre d’une tentative d’affirmer son autorité sur la ville, l’État du Penjab a entrepris, au sud-ouest de Chandigarh, la création de la ville de S.A.S. Nagar, avec une population de 250 000 personnes. Celui de l’Haryana a fait de même à l’est, avec Panchkula, une ville de 150 000 habitants. Ces nouvelles villes, profitant des ressources de Chandigarh, ont mené une politique d’incitation au développement industriel. La périphérie de la ville a vu ainsi fleurir de nombreuses constructions non autorisées notamment le long des artères d’accès, de grandes étendues de part et d’autre de ces routes étant accaparées par des activités « spécialisées », non planifiées. Même à l’intérieur des zones commerciales dûment programmées – par exemple, dans les marchés de quartier – aussi bien le “Plan” que son “Esprit” se voient, de maintes façons, peu à peu remis en question.

Désormais le siège de trois entités gouvernementales, Chandigarh a connu un afflux immense de nouveaux habitants et d’immenses pressions dues au développe- ment, avec pour conséquence de très forte densifications de la population dans les dix-sept secteurs de la Seconde phase. Tandis que la densité programmée de la première phase était de 17 personnes pour 40 ares de terrain environ, le nouvel aménagement prévoyait de loger 60 personnes sur la même surface. Les logements de fonction des premières années, maisons en bande à deux étages, furent remplacés par des immeubles compacts de quatre étages. Les détails architecturaux soignés propres au “style Chandigarh” ont cédé la place aux balcons et aux escaliers. Les propriétaires de mai- sons particulières, n’étant plus tributaires d’une idéologie de matériaux locaux et d’un style austère, ont adopté l’emploi libre de formes et de textures variées, une tendance qui à l’heure actuelle frise l’anarchie, voire le chaos visuel.

Dans le sillage de cette croissance, les infrastructures sociales se sont progressivement améliorées. En confirmation des prédictions de ses défenseurs, Chandigarh, en proposant une qualité de vie introuvable ailleurs dans les métropoles étouffantes du sous-continent, est devenue aujourd’hui un centre réputé pour l’éducation, pour les équipements médicaux, culturels et économiques. À certains égards, l’on peut estimer que le Chandigarh d’aujourd’hui a réalisé son programme utopique. Il a acquis la réputation de la ville la plus vivable de l’Inde, entraînant ainsi sur les 50 dernières années la multiplication par 6 000 de la valeur du terrain.

À l’aube du nouveau millénaire, les terrains constructibles encore disponibles dans la ville représentaient un peu plus de 400 hectares. Le seul moyen dans ces conditions de faire face à la demande grandissante de logements, d’espaces commerciaux, d’hôtels, de centres de congrès et autres aménagements, est d’autoriser des espaces couverts supplémentaires, la subdivision de locaux commerciaux et résidentiels, le repeuplement de secteurs à faible densité et les constructions en hauteur. L’Administration de Chandigarh est consciente des éventuels effets préjudiciables de telles augmentations de densité, quant au caractère visuel et à la qualité de vie dans cette “Ville de beauté”. Elle envisage néanmoins un certain nombre de transformations significatives, dont la mise en place d’un système de transports rapides sur la “V2 Gare”, afin de résorber le trafic des heures de pointe venu des villes-satellites des alentours.

À l’opposé du développement programmé, à faible élévation et à faible densité, des deux phases initiales de Chandigarh, l’ensemble des terrains de la Phase 3, récemment commencée, sont prévus pour des logements collectifs à quatre étages, et ont été vendus à cet effet. De même, le développement commercial, prévu le long de Vikas Marg, la nouvelle V2 desservant l’extrémité sud de la Phase 2, se ferait sous forme de constructions à huit étages. Ces deux développements abandonnent ainsi les contrôles architecturaux des V2 stipulés pour le Chandigarh de Le Corbusier. Cependant, le changement le plus significatif concerne la Phase 1, où des terrains de la Zone industrielle sont en cours de conversion en d’énormes centres commerciaux et/ou complexes multi- salles. Cédant aux omniprésentes pratiques architectoniques d’une planète en pleine mondialisation, ces constructions annoncent une mutation en profondeur du modernisme des origines, fait de briques et de béton, de ce paysage urbain.

À l’origine, le projet devait être en partie financé par l’État du Penjab, avec un petit apport venu du Gouvernement Central, mais le plus gros des avoirs liquides devait en principe venir de la vente de terrains. Aujourd’hui, au contraire, l’Administration de Chandigarh doit chercher d’autres ressources po budgétaires, compte tenu non seulement du potentiel de la ville en termes commerciaux et des besoins des habitants, mais aussi de sa valeur historique sans pareil. Parmi les pro- jets en chantier figurent celui de renforcer les infrastructures visant l’éducation spécialisée et les soins médicaux, mais aussi l’amélioration des transports en commun, des infrastructures touristiques, des équipements sportifs et de loisirs, ainsi que l’augmentation de l’offre d’emploi. À cet effet ont été créées des Zones d’Activités Économiques Spécialisées, dont un Parc de Technologies de l’Information, qui a déjà commencé à fonctionner dans la périphérie est de la ville.

  • Urbanisme, Chandigarh
    © FLC/ADAGP
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    Photo : Lucien Hervé
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La Zone centrale

L'urbanisme de Le Corbusier

Concevoir la forme urbaine de la ville telle qu’elle se présente à l’heure actuelle a été l’aspect le plus significatif du rôle joué par Le Corbusier à Chandigarh. « Le Schéma Directeur a un sens poétique », a écrit Jane Drew. « Il a une forme quasi biologique ; sa tête directrice : l’ensemble du Capitole ; son cœur : le quartier d’affaires du centre-ville ; sa main : la zone industrielle ; son cerveau et centre intellectuel : dans les espaces verts où se trouvent musées, université, bibliothèque, etc. »

Si entre temps la ville a grandi bien au-delà de ce qui était prévu à l’origine, ce sont la matrice bien ordonnée de son “unité de voisinage” générique et le schéma de circulation hiérarchisé des 7V qui continuent à donner à Chandigarh son caractère distinctif. La matrice com- prend une grille régulière de routes V3 à circulation rapide, définissant l’unité de voisinage générique, le Secteur de 800 m x 1 200 m. Ce dernier fut conçu comme une unité autonome et (marquant en cela une rupture radicale avec d’autres conceptions, précédentes ou contemporaines) fonctionnait complètement en autarcie. Il était cependant relié aux secteurs voisins par sa V4 (la rue commerçante), alignée sur un axe nord-ouest/sud- est, avec des équipements standards – commerciaux, médicaux, de loisir, etc. – disposés tout au long de son côté ombragé. De même, des bandes ininterrompues d’espaces dégagés les traversaient en sens inverse. Ces “sector greens” disposés à angle droit autour de la V7 piétonne, comportaient des espaces pour écoles et activités sportives.

La ville qui correspondrait à un tel descriptif pourrait se trouver à peu près n’importe où, mais ce qui caractérise la conception Chandigarh par Le Corbusier, ce sont les éléments de réponse qu’il apporte au cadre. Les contours naturels formés par les collines et les deux cours d’eau, la plaine en légère déclivité parsemée de bosquets de manguiers, le lit d’un ruisseau, dont les méandres traversent le site dans toute sa longueur, les routes et les lignes de chemin de fer existantes, tous furent pris en considération dans la répartition des fonctions, de manière à hiérarchiser les voies de circulation et à donner à la ville sa forme urbaine définitive.

Pour relier entre elles les différents points forts de la ville – le Capitole, le Centre ville, l’Université et la Zone industrielle, etc., il y avait les V2 de la ville, dont la Jan Marg (Avenue du Peuple) fut conçue comme la voie d’accès officielle du Capitole, sa directionnalité renforcée par la « Vallée des Loisirs » (l’aménagement paysager qui longeait le N-Choe). La seconde V2, Madhya Marg (Avenue Centrale), traversant le milieu de la Phase Un, reliait la gare (qui existait déjà) et la zone industrielle qui la joux- tait, au centre ville et à l’université. La troisième V2, Dakshin Marg (Avenue du Sud), délimite la Phase Un de Chandigarh.

Le souci de prévenir les risques d’un étalement urbain incontrôlé et de fixer des limites à l’expansion de la ville a conduit à instituer la “Périphérie” – une ceinture verte juridiquement protégée, entourant la zone définie par le Schéma Directeur – ainsi qu’à la promulgation du « Punjab New Capital (Periphery) Control Act, 1952. » Le rayon de la Périphérie, initialement fixé à 8 km, a été étendu à 16 km en 1962, mais elle a largement perdu de sa pertinence à la suite d’un nouveau redécoupage du Penjab en 1966.

Parmi d’autres outils imaginés pour réglementer la masse urbaine de la ville, il y eut des contrôles visuels à visées larges, portant sur volumes, les matériaux, les tex- tures, les ouvertures, et même les murs d’enceinte et les barrières. L’apport spécifique de Le Corbusier à cet égard concerne les contrôles architecturaux pour les principales artères commerciales et urbaines, tels les V2 et le Centre-Ville. Puisque la réalisation de cette zone dépendait de la vente de sites individuels sur une période longue et indéterminée, toute construction dans le Centre Ville était réglementée par les « System of Construction and Architectural Treatment of Exterior Controls ». Comme pour le reste de la ville, ces contrôles furent déterminés par des contraintes économiques et technologiques. Une hauteur uniforme de quatre étages fut fixée pour tout bâtiment commercial. Une armature standardisée en béton armé, correspondant aux dimensions de travée les plus économiques (5,62 m) et susceptible de subir des modifications internes, fut spécifiée. Une véranda obligatoire, large de 3,66 m, ainsi qu’un motif de colonnes et de balustrades en béton standardisées, devait entourer l’extérieur de chaque immeuble. Un « Schematic Design », produit par le Capital Project Office, servait à réglementer les constructions à vocation spécifique, telles les salles de cinéma et les pompes à essence, qui normalement n’étaient pas adaptées au dis- positif général.

Conscient du rôle essentiel joué par les arbres, comme élément du schéma urbanistique, Le Corbusier a également conçu un système d’arborisation détaillé, spécifiant la forme des arbres qui devait correspondre à chaque catégorie de voie, et tenant compte également de leurs capacités à protéger contre les rigueurs du soleil d’été. Par exemple, des rangées simples d’arbres au feuillage persistant peu épais sont plantées le long des V2 et des V3, formes et feuillages variant selon l’orientation des routes. Le composant naturel de l’urbanisme de Le Corbusier est caractérisé par sa sensibilité aux attributs du décor naturel de Chandigarh. Comme il a été dit plus haut, les monts Shivalik dessinent une toile de fond magnifique pour son Capitole. Le Lac Sukhna, « assez grand pour recréer le spectacle des montagnes et du ciel reflété dans l’eau. », et créé grâce à un ouvrage de retenue construit sur la fourche d’un ruisselet saisonnier, devait être un lieu piétonnier serein, destiné à servir de refuge face aux tensions de l’environnement urbain. La Vallée des Loisirs, façonnée en parc naturel à partir d’une gorge profonde de six mètres, dont les méandres traversent la ville sur toute sa longueur, proposait des sentiers de randonnée, des clubs de jeunes et des ‘théâtres spontanés’. Des propositions ont été faites, à une époque plus récente, en vue de la végétalisation des collines qui surplombent le Lac, ainsi que des deux cours d’eau qui bordent la ville. Tous ces objets, aujourd’hui, sont devenus des forces de la ville, jalousement gardées par ses résidents et chéris par ses visiteurs.

« Un jour, on viendra à Chandigarh voir le parc où l’on ne voit point d’automobiles, où l’on voit la nature (une nature fort impressionnante). Chandigarh est la seule ville au monde à avoir à sa disposition un contact entre la nature et les habitants travailleurs, et ceci, dans un monde qui est complètement fou, malade et névrosé! Mon unique passion dans le cas de Chandigarh est de sauver les choses qui sont à portée de main et que la vie cherche toujours à détruire. »

L’architecture de la ville comme élément déterminant de l’urbanisme de Chandigarh

Tandis que Le Corbusier, en tant que « Directeur Spirituel » de l’ensemble du Projet de Chandigarh, avait la charge de déterminer la forme urbaine de la ville, les trois autres architectes étaient responsables du travail de détail, se trouvant de la sorte aux prises avec les complexités et les exigences de la situation. À eux de s’adonner à la conception “d’endroits pour des gens”, de “récipients” pour des fonctions courantes, quotidiennes : logements administratifs, écoles, foyers, bâtiments destinés au travail ainsi qu’aux arts du spectacle. Ce sont ces constructions innovantes, occupant de vastes terrains sur l’ensemble du bien proposé – « Le Centre Historique Moderne de Chandigarh » – qui ont un rôle capital à jouer, dans la mesure où elles définissent les volumes construits de la ville, son langage architectural, son grain et sa texture urbanistiques. C’est dans cette perspective qu’il importe d’approfondir une réflexion sur la nature de ces conceptions – même si en aucun cas il ne s’agit de l’œuvre de Le Corbusier à proprement parler.

L’obligation la plus contraignante dont il fallait tenir compte pour ces constructions était celle du strict respect d’un budget rigoureux et de sa structure préconçue. Compte tenu de la diversité des services sociaux figurant dans le manifeste de la ville, les architectes se sont vus contraints de s’en tenir à une estimation financière déjà approuvée et « … d’éviter les expédients coûteux qui, à Brasilia, ont caractérisé les tentatives de régler la circulation automobile et de densifier l’occupation des sols… ». Chandigarh était appelé à devenir une ville à faible densité et à hauteur réduite, dotée d’un plan de circulation simple et de tracés sectoriels dictés par la nécessité de limiter les coûts de construction de la voirie et des infrastructures de service.

Des considérations économiques ont également dicté le choix de briques fabriquées localement comme matériau principal de construction. Le coût des huisseries et des vitrages étant sept fois plus élevé que celui des murs, on a limité à un minimum les dimensions des ouvertures. Afin de réaliser des économies en temps et en main d’œuvre, des modèles standardisés furent conçus pour les portes, les fenêtres, les sanitaires et en particulier pour les voliges préfabriquées. Une autre mesure d’économie a été de ne recourir que très peu à des machines. Aussi bien les briques que tous les autres composants essentiels furent fabriqués à la main sur le site même. Les seuls dispositifs mécaniques à être utilisés furent les camions, de temps en temps une bétonneuse ainsi que quelques scies à ruban pour la menuiserie sans traitement. Fry devait observer plus tard que Chandigarh était réellement une « … entreprise extrême, réalisée grâce à des hommes, des femmes, des enfants, des ânes et des chameaux, et non par des coûts indirects élevés et une pléthore d’équipements. »

N’ayant pas la possibilité de recourir aux aides mécaniques de l’Occident, les architectes, espérait-on, développeraient un type de bâtiment qui saurait offrir un confort thermique tout au long de l’année. Ceux-ci après s’être débattus avec les questions d’angles de lumière et de température ont fini par conclure que « … protéger du soleil et des vents de la saison chaude chargés de poussière était un impératif architectural, le reste étant secondaire ». Ainsi, ils ont décidé d’orienter la plupart des maisons dans le sens nord-sud, et de créer des brise-soleil pour rafraîchir les intérieurs, ainsi que des murs en brique perforés, pour ventiler les toits terrasse et les vérandas pendant la nuit. Chacun des trois architectes devait finir par trouver un style personnel. Dans ce cas, en revanche, les contraintes de coût, de matériaux, de technologie et de climat contribuèrent à créer un répertoire commun : structures aux allures de boîte, murs de briques et de pierres, petites fenêtres protégées par des brise-soleil, des mails et autres innovations du même style. Ce fut la source d’un style que les architectes n’avaient pas consciemment recherché, mais qui, néanmoins, deviendrait la marque de Chandigarh et que l’on continue à associer à l’ensemble de sa forme urbaine.

Parmi les Espaces Urbains conçu par Le Corbusier, le plus significatif est celui du Parc du Capitole – la “tête” et la raison d’être de l’entreprise toute entière. Une entreprise parallèle fut celle du “Complexe culturel”, dis- posé le long de la Vallée des Loisirs et comprenant le Government Museum and Art Gallery et l’actuel College of Art (dans le schéma d’origine : Centre for Audio-visual Training). Plus tard, l’architecte a également dessiné des œuvres de moindre importance, (telles que le Centre Nautique et certaines parties du Lac Sukhna), toutes vues essentiellement comme faisant partie intégrante du Parc du Capitole.

Le Parc du Capitole (Secteur 1)

Le Parc du Capitole est situé à la “tête” de la ville avec comme toile de fond les monts Shivalik. Comprenant l’ensemble des bâtiments du Capitole et bordé aux deux extrémités par Rajendra Park et Sukhna Lake, il s’étend sur toute la largeur de la ville.

Symbole de démocratie célébrée par l’État nation nouvellement indépendant, l’ensemble des bâtiments du Capitole fut construit à l’échelle monumentale. Cet ensemble représente l’œuvre architecturale construite par l’architecte la plus significative et la plus importante par ses dimensions. Pendant plus de treize ans, il a minutieusement conçu et suivi la réalisation de son plan ingénieux, de ses “édifices” principaux, de ses “monuments”, mais aussi du mobilier, des luminaires et des œuvres d’art, y compris la célèbre porte émail de l’Assemblée législative, des tapisseries monumentales et des sculptures en bas-relief, coulées dans le béton.

Lorsque la ville fut créée, les gens du pays et même de l’étranger ont prédit que du fait que Chandigarh n’était pas issue du terroir, ce serait la décadence à brève échéance. D’autres prétendaient que l’aspect était trop éloigné de la mentalité du pays pour pouvoir convenir à l’Orient. Tous négligeaient de considérer que les possibilités d’adaptation sont sans limites et que toute bonne action qui correspond aux élans du cœur trouve un écho; c’est ce qui est arrivé à Chandigarh.

Les habitants qui, au début, n’étaient pas au courant des intentions des urbanistes et, peut-être, gardaient quelques appréhensions, ont bientôt senti que tout allait au mieux et pour leur bien; car non seulement ils acceptèrent de changer leurs habitudes, mais encore ils devinrent les partisans les plus assidus de ce nouveau mode de vivre.

À Chandigarh, la conception des quartiers se suffisant à eux-mêmes a parfaitement abouti. Chaque quartier, refermé sur lui-même, est cependant relié au quartier voisin par quatre lignes de jonction.

Toutes les maisons s’ouvrent sur des espaces intérieurs. Les murs des cours arrières contre la voie V3 (selon la grille) n’ont pas de baies, afin d’offrir toute sécurité à la vie de la maison, à l’abri des risques du trafic. La disposition des centres d’achat, où tous les magasins regardent vers le nord, est tout à fait dans la ligne des conditions climatiques de l’Inde. Les commerçants n’ont pas le soleil dans les yeux et la marchandise étalée à l’air est à l’abri des rayons intenses. Récemment il a été nécessaire d’augmenter la surface de stationnement aux abords des centres d’achat en raison du trafic toujours plus intense des véhicules. Le centre de la ville, que Le Corbusier comparait au cœur d’un organisme, est bourdonnant d’activité, bien qu’il ne soit pas encore entièrement occupé. Et l’on constate ici que la séparation de la circulation pédestre d’avec celle des autos est payante. Les piétons ne sont pas dérangés par les voitures. Le service des bâtiments a préservé les façades de l’emprise de la réclame tapageuse. Aussi l’atmosphère est-elle plaisante et gaie.

Le système des sept V, qui classe les voies selon des catégories, fonctionne à satisfaction et la ville ne connaît pas les embouteillages qui encombrent les rues de bien des villes modernes. Il convient de rappeler que cette classification des voies a été adoptée avec grand succès dans plusieurs villes anciennes et nouvelles et l’on voit que Chandigarh a été exemplaire par la contribution qu’elle a apportée pour résoudre l’inextricable problème de la circulation dont souffre la civilisation du 20e siècle.

Alors que la première étape de l’aménagement de Chandigarh est pratiquement achevée et que l’on s’achemine vers la seconde, nous cherchons à rassembler les expériences faites pendant les dernières dix-sept années, afin d’exploiter les leçons de cette urbanisation exceptionnelle et de rendre la ville toujours plus conforme à notre façon de vivre.

Mais on ne serait pas complet si l’on omettait de mentionner l’ensemble du Capitole. La réalisation de cette grande idée de Le Corbusier demeure encore très éloignée, en raison du manque de fonds et des modifications administratives consécutives à la réorganisation de l’Etat. Les édifices les plus importants du Capitole restent à achever; ce sont le palais du Gouverneur, la Main Ouverte, la Colline géométrique, la Tour des Ombres et le Monument commémoratif des Martyrs. A défaut de ces édifices, il est impossible de se faire une idée de la grandeur de l’ensemble qui, une fois achevé, sera sans doute le plus puissant et le plus beau du monde.

La conception initiale de Le Corbusier pour le palais du Gouverneur se basait sur l’idée que le palais de Justice serait suffisant, avec quelques modifications, pour loger le chef d’un Etat démocratique; Le Corbusier estimait que sans cet édifice, au sommet du Capitole, la composition tout entière serait compromise et il proposa à la place un Musée de la Connaissance. Mais l’utilité et la justification de ce musée n’étaient guère évidentes; d’ailleurs le budget était trop serré, et le projet est resté dans les cartons. Pourtant cette idée a été reprise tout récemment pour créer dans la zone de la Vallée des Loisirs le Musée de l’Evolution de la Vie.

Le Musée de la Connaissance ayant été abandonné, on se rend compte maintenant que le palais du Gouverneur, primitivement projeté et qui serait bien plus significatif et plus éclatant que le musée, devrait tout de même s’édifier sous la forme d’un Musée de l’Architecture, dédié à la mémoire de Le Corbusier, créateur de Chandigarh et précurseur de l’urbanisme; ce musée pourrait rassembler tous ses dessins et tous ses projets.

Par ailleurs, le monument de la Main Ouverte que Le Corbusier avait conçu pour matérialiser le symbole de “Donner et Recevoir”, n’a pas été réalisé, mais nous sommes pleins d’espoir de pouvoir accomplir dans un proche avenir cette œuvre du grand architecte.

M. N. Sharma, architecte en chef, Chandigarh

Extrait de Le Corbusier, Oeuvre complète, volume 8, 1965-1969

Complexe du Capitole © FLC / ADAGP / Bénédicte Gandini
Complexe du Capitole © FLC / ADAGP / Bénédicte Gandini

Le plan

Le Capitole de Le Corbusier à Chandigarh comporte quatre “Édifices” – la Cour Suprême, l’Assemblée législative, le Secrétariat et le Musée de la Connaissance – ainsi que six “Monuments”, tous disposés dans un espace vert ayant fait l’objet d’un aménagement paysagé très élaboré. Le plan est construit autour d’une géométrie invisible de trois carrés s’emboîtant les uns dans les autres et dont les angles et les points d’intersection sont balisés par des “Obélisques”. Ce sont les côtés nord et ouest du carré le plus important (800 m x 800 m) qui délimitent l’enceinte du Capitole, tandis que l’emplacement relatif des quatre “Édifices” et la relation proportionnelle des espaces qui les séparent sont déterminés par les carrés de dimensions moindres (400 m x 400 m). La relation harmonieuse entre les différentes structures est de surcroît rehaussée par l’emploi systématique de béton armé apparent.

Cependant, l’aspect le plus marquant du plan est celui de l’aménagement de cheminements piétonniers ininterrompus à travers tout le complexe. Une vaste esplanade en béton, s’étendant entre la Haute Cour et l’Assemblée et le long de laquelle furent placés les six “Monuments” ainsi que divers bassins d’eau, est devenue de la sorte l’élément central de la conception. La circulation des véhicules fut soigneusement organisée à l’écart des bâtiments, les voies étant surbaissées le cas échéant, à une profondeur de 5 m au-dessous de l’Esplanade. Avec les importantes quantités de terre ainsi dégagées furent créés des “monts artificiels”, permettant un enfermement partiel de l’ensemble du Capitole et mettant en valeur son orientation, soigneusement aménagée de manière à conduire le regard vers la splendeur des monts en arrière-plan.

Les Édifices

Les “Édifices” construits – la Haute Cour, l’Assemblée législative et le Secrétariat – symbolisent les trois fonctions principales de la démocratie. Considérés comme les créations plastiques les plus abouties de la maturité de l’architecte, chacun est un chef-d’œuvre en soi et représente une adaptation d’éléments du Modernisme européen, dont l’emploi de matériaux du XXe siècle, ainsi que de principes directifs propres à l’architecte, adaptés aux contraintes de la situation locale en termes de coût, de climat et de technologie. Le quatrième “Édifice”, prévu à l’origine pour être le Palais du Gouverneur, mais remplacé par le futuriste “Musée de la Connaissance”, reste à réaliser.

Si chaque édifice témoigne d’une forme et d’une conception caractéristiques, la normalisation de leurs éléments constitutifs met en relief une fonction collective d’ensemble. L’ensemble des plans témoigne des multiples possibilités de l’utilisation du béton armé et des exceptionnelles capacités expressives obtenues par l’emploi de ce matériau moderne, à travers la mise en œuvre de techniques vernaculaires ainsi que le respect des contraintes locales. De plus – ceci en réponse à la demande du client – tous les bâtiments ont en commun de prendre en compte le contrôle climatique sans aide de dispositifs mécaniques. Ceci est manifeste dans l’orientation des bâtiments, la conception soignée des brise-soleil, de même que les systèmes complexes imaginés pour l’aération.

Le premier de ces bâtiments, la Haute Cour, abritait neuf tribunaux avec leurs espaces attenants. Le travail de conception de Le Corbusier comprenait une partie du mobilier et des luminaires, ainsi que neuf grandes tapisseries, une pour chaque tribunal. Achevé en 1955, le bâtiment constitue la première illustration en Inde – ainsi qu’un important témoignage pour son acceptation – de l’emploi de béton armé apparent dans un édifice de pou- voir et de prestige. Plus tard, l’on ajouta sur le côté est une annexe de hauteur réduite, en brique apparente.

Le Secrétariat, de 240 m de long sur 24 m de large et 50 m de haut, fut considéré comme une réponse aux “problèmes des bureaux modernes” : éclairage et aération adéquats et prise en compte d’impératifs d’économie et d’efficacité. Le plan comprenait deux rampes pour les déplacements piétonniers d’un étage à l’autre. Ces éléments verticaux audacieux, ainsi que la façade, basée sur le Modulor et minutieusement étudiée, les espaces intérieurs à niveaux multiples et le toit-terrasse, constituent les éléments clefs de la conception.

L’Assemblée législative est la structure la plus aboutie de l’ensemble. Avec son Forum à éclairage zénithal, son Portique en forme de faucille et la mince coque hyperboloïde recouvrant l’immense salle d’assemblée, circulaire et dépourvue de colonnes, sa conception est une réussite décisive qui démontre l’immense potentiel, à la fois plastique et structurel, du béton. Le génie créateur de Le Corbusier est également manifeste dans son utilisation de la lumière et de la couleur pour les espaces intérieurs, les tapisseries et dans la Porte Émail, porte de cérémonie.

Couronnant cet ensemble, « au point le plus élevé de la V2 Capitole », le Musée de la Connaissance était censé remplir une fonction double, lieu de réceptions d’État, mais aussi centre de recherches et de traitement de don- nées au moyen d’instruments électroniques, encore futuristes à l’époque. La réalisation de cet édifice est d’ores et déjà programmée, quoique avec d’autres fonctions.

Complexe du Capitole © FLC / ADAGP / Manuel Bougot
Complexe du Capitole © FLC / ADAGP / Manuel Bougot
Entrée de l'Assemblée © FLC / ADAGP / Manuel Bougot
  • Complexe du Capitole
    Photo : Bénédicte Gandini 2016
    © FLC/ADAGP
  • Haute Cour, Chandigarh
    © FLC/ADAGP
  • Haute Cour, Chandigarh
    © FLC/ADAGP
  • Palais de l'Assemblée, Chandigarh
    © FLC/ADAGP
  • Palais de l'Assemblée, Chandigarh
    © FLC/ADAGP
  • Palais de l'Assemblée, Chandigarh
    © FLC/ADAGP
  • Palais de l'Assemblée, Chandigarh
    © FLC/ADAGP
  • Palais de l'Assemblée, Chandigarh
    © FLC/ADAGP
  • Secrétariat, Chandigarh
    © FLC/ADAGP
  • Secrétariat, Chandigarh
    © FLC/ADAGP
  • Secrétariat, Chandigarh
    © FLC/ADAGP
  • Complexe du Capitole
    © FLC / ADAGP / Manuel Bougot
  • Complexe du Capitole
    © FLC / ADAGP / Manuel Bougot
  • Complexe du Capitole
    © FLC / ADAGP / Manuel Bougot
  • Complexe du Capitole
    © FLC / ADAGP / Manuel Bougot
  • Complexe du Capitole
    © FLC / ADAGP / Manuel Bougot
  • Complexe du Capitole
    © FLC / ADAGP / Manuel Bougot
  • Complexe du Capitole
    © FLC / ADAGP / Manuel Bougot
  • CHANDIGARH;HIGH COURT;
    Complexe du Capitole
    © FLC / ADAGP / Manuel Bougot
  • Complexe du Capitole
    © FLC / ADAGP / Manuel Bougot
  • Complexe du Capitole
    Photo : Bénédicte Gandini 2016
    © FLC/ADAGP
  • Haute Cour, Chandigarh
    © FLC/ADAGP
  • Haute Cour, Chandigarh
    © FLC/ADAGP
  • Palais de l'Assemblée, Chandigarh
    © FLC/ADAGP
  • Palais de l'Assemblée, Chandigarh
    © FLC/ADAGP
  • Palais de l'Assemblée, Chandigarh
    © FLC/ADAGP
  • Palais de l'Assemblée, Chandigarh
    © FLC/ADAGP
  • Palais de l'Assemblée, Chandigarh
    © FLC/ADAGP
  • Secrétariat, Chandigarh
    © FLC/ADAGP
  • Secrétariat, Chandigarh
    © FLC/ADAGP
  • Secrétariat, Chandigarh
    © FLC/ADAGP
  • Complexe du Capitole
    © FLC / ADAGP / Manuel Bougot
  • Complexe du Capitole
    © FLC / ADAGP / Manuel Bougot
  • Complexe du Capitole
    © FLC / ADAGP / Manuel Bougot
  • Complexe du Capitole
    © FLC / ADAGP / Manuel Bougot
  • Complexe du Capitole
    © FLC / ADAGP / Manuel Bougot
  • Complexe du Capitole
    © FLC / ADAGP / Manuel Bougot
  • Complexe du Capitole
    © FLC / ADAGP / Manuel Bougot
  • CHANDIGARH;HIGH COURT;
    Complexe du Capitole
    © FLC / ADAGP / Manuel Bougot
  • Complexe du Capitole
    © FLC / ADAGP / Manuel Bougot

Les Monuments

Disposés autour de l’axe central de l’Esplanade, les « Monuments » de Le Corbusier sont des éléments sculpturaux symbolisant ses préoccupations les plus fortes en matière de conception, mais aussi la fierté et l’esprit de la nouvelle république.

La Main Ouverte représente le symbole matériel de l’idéologie de la ville – « ouverte pour recevoir les richesses créés… ouverte pour les distribuer à son peuple… ». La main, haute de 12,50 m et large de 8,86 m, est sculptée dans des plaques de fer martelé. Une structure métallique, conçue de manière à tourner doucement avec le vent, la maintient à 27,80 m au-dessus de sa base, posée dans la “Fosse de la Considération”.

Le Modulor, quant à lui, représente l’ordre visuel qui règne à Chandigarh. Ce Monument fut conçu comme un cube de 5,3 m de haut renfermant un “Modulor’ en fer, en partie entouré par des parois en béton comportant des bas-reliefs représentant les principes de la « mesure harmonique à l’échelle humaine » conçus par l’architecte.

Le Monument au Martyr rend hommage à tous ceux qui ont donné leur vie dans la longue lutte pour l’indépendance indienne. La structure comprend une rampe et un ensemble de sculptures – un “martyr” de 5 m de haut, une “colonne brisée” symbolisant la chute de l’Empire britannique, et des figures mythologiques, un “lion” et un “serpent”, symbolisant la renaissance spirituelle du peuple indien.

Regroupés dans un ensemble compact, les 24 Heures Solaires, la Tour des Ombres et la Course du Soleil témoignent des préoccupations corbuséennes : l’influence du soleil sur la vie quotidienne des hommes et les défis architecturaux que représentaient les complexités climatiques de Chandigarh. C’est la face inclinée de la “Colline Géométrique”, large de 45 m, qui devait accueillir les “24 Heures Solaires”. La “Tour des Ombres” occupe un carré dont les côtés mesurent 15,5 m. Ses façades proposent différentes solutions au problème de la maîtrise du soleil, suivant les quatre points cardinaux. La “Course du Soleil”, dont les esquisses préliminaires font apparaître deux grands arcs paraboliques en acier dressés dans un bassin d’eau, devait représenter le décalage entre les solstices d’été et d’hiver.

Tour des Ombres © FLC / ADAGP / Manuel Bougot
Tour des Ombres © FLC / ADAGP / Manuel Bougot

Le Quartier du Lac

Le Lac Sukhna, créé grâce à un ouvrage de retenue construit sur une fourche de la Sukhna Choe à l’extrémité est du Secteur 1, a été conçu pour être « assez grand pour recréer le spectacle des montagnes et du ciel reflété dans l’eau ». Le Corbusier a conçu le quartier libre de toute nuisance sonore, un lieu piétonnier destiné à servir de refuge face aux tensions de l’environnement urbain. Étaient proscrits les embarcations motorisées, les restaurants sur la promenade au bord de l’eau et les constructions sur la rive en face. L’apport matériel de l’architecte à ce quartier comprend la conception de l’intégralité de la promenade de 24 m de large et 4,8 km de long, y compris l’arborisation, les éclairages, un cube en béton sous forme de prisme sculptural dédicatoire, ainsi que le ‘portail de contrôle’ en briques apparentes.

Fidèle à son précepte de ne pas multiplier les constructions au Capitole « afin de ne pas obstruer la vue dégagée sur le paysage et les contreforts de l’Himalaya », le Corbusier a prévu que le “Centre Nautique” serait surbaissé à 3 m au-dessous du niveau de la chaussée. Dissimulé dans le paysage, le bâtiment est à peine visible depuis la Promenade du lac. La construction en est sobre et simple, les espaces ouverts s’harmonisant avec la perspective sur l’eau et le paysage au lointain.

La Vallée des Loisirs et le Centre Culturel

La Vallée des Loisirs, façonnée à partir d’un site existant traversé par un cours d’eau, est un parc linéaire continu dont les méandres traversent la ville sur toute sa longueur. Selon Le Corbusier, il s’agissait d’une zone de culture et de loisirs proposant des sentiers de marche, des équipements pour des centres de jeunesse, du théâtre de rue populaire, etc. En plus du suivi de l’exécution d’un tracé paysagé comprenant des sentiers pédestres, Le Corbusier a également conçu une série de modestes théâtres de plein air “spontanés” qui devaient être construits en différents points de la Vallée des Loisirs.

Le Complexe culturel est, quant à lui, situé au-delà du centre-ville, au carrefour des deux boulevards V2 principaux. Il devait comprendre à l’origine un musée (conçu au départ comme “Musée de la Connaissance”), un Centre de Formation Audio-visuelle (à présent, le Government College of Art), un pavillon pour des “Expositions itinérantes” temporaires et une “Boîte à miracles”.

Le Collège d’art fut le premier bâtiment du Complexe Culturel à avoir été conçu et construit. Comprenant un dispositif simple d’ateliers à éclairage zénithal avec leurs espaces attenants, le bâtiment est unique dans le sens où il ne présente aucune analogie directe avec une autre œuvre de l’architecte. En même temps, par son jeu entre deux modules standardisés, fonctionnant à la fois verticalement et horizontalement, il est lié à deux autres projets de la même époque. Ce dispositif a été repris plus tard pour le Collège d’Architecture de Chandigarh.

Le bâtiment central de l’ensemble, le Government Museum and Art Gallery, fait partie d’une série comprenant le musée d’Ahmedabad en Inde et celui de Tokyo au Japon. Prenant comme point de départ le thème corbuséen de la spirale sans fin, il s’agit d’un cuboïde à éclairage zénithal, retourné sur lui-même, ses différents niveaux s’emboîtant les uns dans les autres et accessibles par des rampes. Comme le Collège d’Art, ce Musée est construit en briques en terre cuite apparentes et béton brut, avec des gargouilles en béton apparent proéminentes. Bien que le plan du Musée fût arrêté de son vivant, le bâtiment n’aura été achevé qu’après la mort de Le Corbusier.