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Diane Dal-Pra — Second by Second

Diane Dal-Pra — Second by Second

Exposition — 3-27 juin — Maison La Roche

La Fondation Le Corbusier présente à la Maison La Roche, en collaboration avec la galerie MASSIMODECARLO, l’exposition Second by Second de Diane Dal-Pra 

 

« Le feu : ce qui ne peut s’éteindre dans cette cendre… »

Dans Génie du non-lieu (2001), l’historien de l’art et philosophe Georges Didi-Huberman revient sur une idée formulée pour la première fois par Jacques Derrida : l’image est une cendre vivante. Non pas le témoignage de ce qui fut, non pas un simple vestige, mais la trace de quelque chose qui est passé et a laissé son empreinte – tenant à la fois l’absence et la présence, persistant comme le feu persiste dans la cendre : invisible, latent, refusant de s’éteindre tout à fait. C’est de cette condition – survivance sans conclusion, présence sans déclaration – que Diane Dal-Pra fait son sujet dans Second by Second.

Les œuvres de Dal-Pra brûlent d’une chaleur basse et tenace. Ces grandes huiles sur lin se construisent lentement, chaque couche ajoutée à la précédente jusqu’à ce qu’émerge quelque chose qui n’aurait pu être ni planifié ni précipité. Dal-Pra peint de mémoire plutôt que d’observation – attirée par la façon dont le temps déforme ce qu’il touche : comment le souvenir infléchit une forme, décolore une teinte, fait paraître une pièce plus grande qu’elle ne l’a jamais été. Ces peintures ne cherchent pas à montrer le monde tel qu’il est. Elles montrent ce qu’il en reste.

Et ce qu’elles retiennent est d’une intimité extraordinaire. Dans Liminal Hours, des plans verts translucides se fondent les uns dans les autres, une forme drapée et son ombre échangeant leurs places jusqu’à ce qu’aucune ne semble plus réelle que l’autre.

Dans Pressed Against Memories, une tresse châtaigne descend le long de la toile comme une ligne de faille, divisant la surface en trois mondes distincts – tissu d’ameublement beige, soie mauve, textile bleu ondulant – chacun rendu avec la précision d’une nature morte, chacun silencieusement étranger aux autres. Le cheveu devient paysage. Le tissu devient terrain. Le corps est présent partout et nulle part, absorbé dans le monde matériel qu’il a jadis traversé. Dans Second by Second – l’œuvre éponyme – une surface rouge profond se fracture vers l’extérieur depuis un centre lumineux, des lignes se propageant comme la carte de quelque chose qui vient juste de se fissurer ou qui se reconstruit lentement.

Il y a des moments, écrit Dal-Pra, qui n’arrivent pas d’un seul coup – qui se déploient seconde après seconde, comme si le temps lui-même hésitait à choisir une forme. Le réel se disperse, se fracture, révèle des intervalles où quelque chose d’indéfini commence à circuler. Une vie se transforme par couches successives, chacune pesant sur la précédente jusqu’à ce que quelque chose de nouveau se soit formé sans que personne ne l’ait tout à fait remarqué. C’est au sein de ces intervalles que Dal-Pra travaille – et c’est de là que naît le titre de cette exposition. Pour elle, les objets n’y sont jamais fortuits : ils absorbent ce qui les traverse, survivant aux moments qui les ont marqués, devenant les témoins d’une vie en mouvement. La tresse de cheveux, la soie pliée, le fond rouge fracturé – ils portent ce qui les a habités. Ils le retiennent silencieusement, comme la cendre retient le feu.

La maternité est présente dans cet ensemble d’œuvres sans jamais en être le sujet – l’intervalle le plus immédiat et le plus personnel. Dal-Pra l’a décrite comme « le passage le plus organique de ma vie » – une transformation lente et continue, l’identité se doublant et se déployant couche après couche. Elle lui a donné un nouveau rapport au temps : non plus comme quelque chose qui passe, mais comme quelque chose qui génère.

La Maison La Roche – conçue par Le Corbusier et Pierre Jeanneret entre 1923 et 1925 – a été conçue dès le départ comme un lieu pour vivre avec l’art. C’est ici que les peintures de Dal-Pra trouvent aujourd’hui leur demeure – des surfaces qui accumulent plutôt qu’elles ne déclarent, qui tiennent leur sens en couches, qui se révèlent lentement et à leurs propres conditions. La cendre, comme nous en sommes venus à la comprendre, n’est jamais froide.

Diane Dal-Pra

Diane Dal-Pra est née en 1991 à Périgueux, France. Elle vit et travaille à Paris.

Dal-Pra travaille principalement à l’huile sur grand format en lin, construisant ses peintures lentement et par couches, de mémoire plutôt que d’observation. Formée à la précision technique des peintres de la Renaissance qu’elle cite parmi ses influences majeures, son travail s’est progressivement éloigné de la figure vers quelque chose de plus insaisissable – une présence sentie plutôt que vue. Le corps n’est plus tant représenté qu’impliqué : dans le poids d’un plissé, la trace d’une tresse, la suggestion de quelque chose qui vient tout juste de quitter le cadre. Dal-Pra décrit sa pratique comme une tentative de peindre l’état intermédiaire – l’espace où une image n’est jamais entièrement formée ni entièrement dissoute, où le temps ne disparaît pas mais s’accumule en couches sensibles. Sa palette, subtile et tonale, et son travail de pinceau lisse, presque imperceptible, maintiennent l’œuvre dans un état d’équilibre – matériel et immatériel à la fois, ancré et en dissolution.

Les œuvres de Dal-Pra figurent dans les collections du Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Washington ; du HEM Museum, Foshan ; du Yuz Museum, Shanghai ; de la Fondation Louis Vuitton, Paris ; de la Fondation Lafayette Anticipations, Paris ; et de l’ICA Miami, Miami.