La nature est toujours présente. Formes, fonctions et projets de la nature corbuséenne
26-27 novembre 2026 — Maison du Brésil, Cité Internationale Universitaire de Paris
Entrée libre — sans réservation ni inscription
La nature tient une place prépondérante dans l’œuvre de Le Corbusier. Elle est présente à la fois comme une référence incontournable du projet de l’architecte moderne depuis l’Esprit Nouveau et les premières réalisations emblématiques des cités-jardins modernes, résidences et villas de la région parisienne jusqu’à la reconstruction de l’après seconde guerre mondiale, les projets de nouveaux projets urbains de Firminy-Vert et de Chandigarh et la construction de maisons et villas, église et couvent.
L’historiographie corbuséenne a le plus souvent retenu la nature comme un prétexte ce que laissait déjà malencontreusement supposer le film de Jean Epstein, Les Bâtisseurs (1938), qui présentait un Le Corbusier dessinant un quartier d’immeubles de la Ville Radieuse et le compléter par un verdissement interstitiel de fortune. Le quiproquo qui en a résulté fut lourd de conséquences. Il a longtemps dénié à l’architecte toute capacité à penser la modernité, à la fois comme une ode respectueuse de la nature et la penser comme source d’inspiration et de conception du projet architectural. Il a permis de profiler la Charte d’Athènes du seul côté de la mécanisation systémique d’une ville purement taylorisée, fonctionnelle et de restituer et assimiler l’épopée des Unités d’habitation Grandeur Conforme du côté de la réalisation hors sol des grands ensembles bâtis en plein champ contre la nature environnante. Est ainsi éliminé tout ancrage et attachement profond à la nature, tantôt virgilienne, tantôt cicéronienne dans leur déploiement écosystémique centré sur la place de l’homme et son dialogue avec l’environnement. Sont souvent délaissées toutes considérations sur la construction et la réflexion de Le Corbusier en matière de paysage et de son rôle dans le projet urbain et architectural. Pour restituer à la fois les liens profonds et la source d’inspiration que la nature opère chez Le Corbusier, ces rencontres ont été structurées dans une double perspective :
- Une perspective historique qui offre les moyens de saisir les considérants de Le Corbusier sur la nature mais aussi leurs évolutions dans le temps long de la conception.
- Une perspective analytique qui rende compte des représentations et constructions de la réalité de la nature chez Le Corbusier et de la manière dont elles peuvent agir au demeurant en retour sur la production du réel.
Ces deux perspectives ont justifié le choix d’une approche chronologique qui se fortifie par des interventions thématisées sur l’œuvre construite étudiée depuis le point de la conceptualisation du triptyque architecture, nature et paysage. Il sera aussi opportun d’interroger dans quelles mesures, les conceptualisations innovantes de l’architecture et de l’urbanisme de Le Corbusier intégrés à la nature permettent de réinterroger nos manières de penser le territoire à l’heure impérieuse de la nécessaire refondation du projet architectural et urbain à l’heure des bouleversements climatiques.
Première journée
Jeudi 26 novembre — 8h30-18h
Accueil — 8h30
9h30 — Introduction du colloque : Philippe Prost — Président de la Fondation Le Corbusier
Rémi Baudouï et Arnaud Dercelles — Responsables scientifiques des Rencontres
MATINÉE — DU SENTIMENT DE LUXURIANCE À L’AGIR AVEC LA NATURE
Il s’agira ici d’interroger les prémices et la jeunesse jurassienne de Le Corbusier dans ses relations spécifiques avec la nature et le concept de l’état de nature héritée de la philosophie moderne afin de déceler l’originalité de sa pensée, ses références et sources, ses influences et connivences et les projets de sa mise en scène pour et par l’architecture.
LA CHAUX-DE-FONDS COMME TERRAIN D’APPRENTISSAGE — 9h30
Le jeune Jeanneret et la nature jurassienne, entre exaltation et exploitation — Marie-Jeanne Dumont
La nature: source d’inspiration et symbole de rupture dans l’œuvre de jeunesse de Le Corbusier à La Chaux-de-Fonds — Marikit Taylor
Débat animé par Richard Klein
LA NATURE EN THÉORIES ET PRATIQUES ARCHITECTURALE — 10h30
À l’ombre des frondaisons de la Bibliothèque nationale de Paris : une recherche patiente sur la théorie des jardins — Barbara Boifava
La nature façonnant la « physionomie » urbaine : paysages et espaces sacrés d’Orient et d’Occident, et la théorie spatiale de la « clarté » chez Charles-Édouard Jeanneret — Sayuri Hayakawa
La nature du projet : paysage urbain à la Cité Frugès (1924–2022) — Paola Scaramuza, Frédéric Sichet
Débat animé par Aurosa Alison
APRÈS-MIDI — LES NOUVEAUX PAYSAGES URBAINS ET LA NATURE AU SERVICE DE L’HUMAIN
Bien qu’il ait rapidement pris de la distance avec les cités-jardins d’Howard et de ses épigones, qu’il perçoit comme œuvre néfaste de la Révolution industrielle, Le Corbusier n’a cessé d’interroger le rapport homme-nature dans le contexte de son nouvel urbanisme et l’appropriation de ses modes d’habiter. Ce faisant, loin de détruire le concept de cité jardin, qu’il expérimente avec Pessac, il se le réapproprie en opposant au concept de cité jardin horizontale celui de cité-jardin verticale. Il met en place des typologies innovantes (pilotis, toit-jardin, etc.) qui assurent un accroissement de la nature dans ses projets et ainsi dépasser le concept howardien de la cité-jardin.
LA MISE EN FORME DE LA NATURE — 14h
Interroger la nature corbuséenne par ses horizons — Julie Cattant
Perspectives paysagères et grands espaces naturels : la représentation du lointain dans les dessins de Le Corbusier — Nathalie Simmonot
L’horizon cadré : dualité du toit-jardin chez Le Corbusier — Renzo Stroscio
Débat animé par Camille Lesouef
RECONCEPTUALISER LA NATURE : 1936-1965 — 15h30
Le Corbusier et André Bauchant, ou l’idée de nature à travers ce « paysan-poète » — Marion Alluchon
Un patrimoine moderne en matériaux naturels. Le projet « Murondins » de Le Corbusier (1940) — Vincent Laureau
Considérations sur les destins croisés de Le Corbusier et de l’architecture bioclimatique (1940-1965) — Arthur Grizard, Daniel Siret, Ignacio Requena Ruiz
Débat animé par Eléonore Marantz
CLÔTURE DE LA JOURNÉE : INTERVENTION DE BARRY BERGDOLL — ABSTRACTION ET NATURE : LES JARDINS DANS L’ŒUVRE DE MIES VAN DER ROHE ET LE CORBUSIER — 17h30
Seconde journée
Vendredi 27 novembre — 8h30-12h
Accueil — 8h30
CHANDIGARH OU L’INVENTION INCLUSIVE DE LA MÉTROPOLE NATURE — 9h
Bien loin de repousser la nature aux marges de la ville, Le Corbusier la magnifie comme seul cadre et environnement acceptable pour un épanouissement individuel et collectif. Le nouvel habitant est un citoyen faisant « corps » avec la nature qui sera à même de se confronter aux défis et impératifs de l’existence moderne. Le corps en osmose avec la nature outrepasse le corps hygiéniste afin de s’adapter aux contingences et rythmes de l’urbanité contemporaine. L’édification de la ville nouvelle de Chandigarh à partir de 1950 comme la construction de Firminy-Vert cinq ans plus tard représentent au plan conceptuel et spatial les œuvres majeures en matière d’intégration de la nature en ville et de déploiement d’une réflexion pré-écologique en matière d’espaces urbains, de circulations et d’aménagement vert.
Aux origines de la ville-nature de Chandigarh : morphogenèse de la nature projetée à la nature comme projet — Rémi Baudouï, Arnaud Dercelles
Penser la ville par la nature. Chandigarh la green-city indienne de Le Corbusier — Rémi Papillault
Chandigarh ou le vivant comme infrastructure urbaine — Thierry Mandoul, Enrico Chapel
Débat animé par Jacques Sbriglio
RÉINTERPRÉTATIONS ET RÉFUTATIONS DE LA NATURE CORBUSÉENNE — 10h30
Après sa disparition, le rejet de Le Corbusier au nom du nécessaire retour à une architecture vernaculaire signe la constitution de l’assimilation de la modernité aux Grands Ensembles. Accusé d’être à l’origine du bétonnage des villes et du territoire, la pensée de Le Corbusier est réduite à néant notamment du point de vue de la nature, du paysage et de la nécessaire symbiose à constituer entre l’environnement naturel et l’humain.
Le Corbusier et la nature : juxtapositions — Tim Benton
La nature mise en page. Énonciation et rhétorique de la nature dans l’Œuvre complète de Le Corbusier — Ilona Bernard
Débat animé par Stéphanie de Courtois
CONCLUSION DU COLLOQUE