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Billeterie

Gratte-ciel Cartésien

Sans lieu, 1937

  • Gratte-ciel Cartésien, sans lieu
    © FLC/ADAGP
Gratte-ciel Cartésien, sans lieu
© FLC/ADAGP

La notion de « gratte-ciel » arrive tôt dans l’univers corbuséen ; sa Ville contemporaine pour trois millions d’habitants (1922) en propose déjà une vision théorique et plastique. La théorie pure laissera sa place à un cas d’école fantasmé par son créateur : le Plan Voisin pour Paris voit le jour en 1925. Le gratte-ciel cartésien, véritable entité mûrie et pensée par Le Corbusier, apparaît initialement sous l’aspect de gratte-ciel cruciformes s’élevant « comme des cristaux purs de verre, montant à 200 mètres de hauteur et à grande distance les uns des autres ». Par cette action, Le Corbusier veut mettre un terme à la ville rampante.  Dans Urbanisme, Le Corbusier affine son point de vue et affirme que les gratte-ciels ne doivent pas être « les aiguilles ou les campaniles en désordre d’un Manhattan hallucinant ». Il prône l’établissement d’un rapport subtil entre les pleins et les vides pourvu que cet assemblage d’acier et de verre se fasse au bénéfice de l’élégance.

Contrairement aux théories portées par Auguste Perret, Le Corbusier rejette l’idée d’un usage mixte pour ses gratte-ciels, leur vocation unique est celle de bureaux qui constitueraient une cité d’affaires dont « l’organisation intérieure représente un système formidable de circulation et d’organisation dont les frais ne peuvent être supportés que par des affaires ; l’exploitation des moyens de circulations, véritables gares en hauteur, ne saurait convenir à la vie de famille ».

Le Corbusier précise dans Des canons, des munitions ? que ce type de gratte-ciel correspond au « siège du travail administratif (affaires publiques ou privées, bureaux ou syndicat) » ce qui n’exclut pas la présence de services communs. Ainsi pour son Plan de Paris de 1937, esquissé pour l’Exposition International « Arts et techniques », il souhaite que Paris se dote de quatre gratte-ciels d’administration qui s’élèveraient « au point le plus favorable de la ville, valorisant prodigieusement des terrains pourris ».  La forme choisie est celle de la « patte de poule » que Le Corbusier avait déjà expérimenté pour son plan Macia de Barcelone en 1932. Il est composé d’un large parallélépipède (exposé au sud) dont les deux extrémités sont inclinées à quarante cinq degrés, à l’arrière et au milieu duquel s’attache un parallélépipède perpendiculaire, le tout sur une hauteur de 220 mètres.

Dans l’Œuvre Complète, Le Corbusier résume ce choix de forme en signalant les qualités d’orientation qui permettent un ensoleillement de la totalité des bureaux :

« Dans cette forme symétrique sur deux axes, le gratte-ciel cruciforme ne recevait pas de soleil sur ses faces nord. En principe, l’essence du plan cruciforme (sur deux axes) ne s’accordait pas avec l’essence même de la course du soleil sur un axe.

En conséquence, une nouvelle forme fut introduite : la forme en « patte-de-poule ». Dès lors tout devenait plus vivant, plus vrai, plus harmonieux, plus souple, plus divers, plus architectural ».

 

La typologie du gratte-ciel cartésien ne s’arrête pas à la surface bâtie, le sol environnant joue le rôle essentiel de la distribution et de la circulation. Le maillage des autostrades (carré de 400 mètres de côté) est situé à cinq mètres au-dessus du sol (hauteur des pilotis du gratte-ciel), ce qui permet aux piétons d’être « éloignés des surfaces rapides » et de rester maître du terrain. La circulation se veut autant horizontal que vertical. Comme toujours Le Corbusier conçoit et envisage l’accès aux différents types de transport : métro, routes pour voitures et poids lourds (les parkings et garages trouvent leur place à l’arrière du gratte-ciel), chemins piétons.

Enfin, comme il le fera pour ses unités d’habitation, Le Corbusier procède à l’aménagement d’un toit-terrasse arboré

Le Bastion Kellerman représente la version la plus accomplie des gratte-ciels cartésiens, il abrite en plus de bureaux, des logements ce qui l’éloigne de sa vocation initiale.

Cette dernière attitude d’un bâtiment moderne d’administration (affaires publiques ou privées) a sa source dans les premiers dessins de « l’Esprit Nouveau » en 1919. Jusqu’en 1930, notre proposition de gratte-ciel fut uniforme = radiateur de lumière et stabilité.

L’occasion étant fournie de pousser plus loin l’étude, il fut constaté que, dans cette forme symétrique sur deux axes, le gratte-ciel cruciforme ne recevait pas de soleil sur ses faces nord. En principe, l’essence du plan cruciforme (sur 2 axes) ne s’accordait pas avec l’essence même de la course du soleil, sur un axe.En conséquence, une nouvelle forme fut introduite: la forme en »patte de poule ». Dès lors, tout devenait plus vivant, plus vrai, plus harmonieux, plus souple, plus divers, plus architectural.Les cas d’application en furent faits dans les plans d’Anvers-Rive-Gauche, de Barcelone, de Buenos Aires, de Manhattan, etc.
La forme devenait valable également pour des unités d’habitation : Hellocourt, banlieue de Rome, bastion Kellermann, Paris, etc.Une telle forme et ses dimensions deviennent une véritable œuvre urbanistique, fruit des techniques modernes.

Notre innovation, dès le début (1919), fut de s’élever contre les conceptions purement formalistes et romantiques des gratte-ciel américains (avec leurs formes pyramidales, leurs terminaisons en aiguille). Débarquant à New York, en 1935, nous disions aux journalistes américains: « Les gratte-ciel sont trop petits, et ils sont trop nombreux… » Cela faisait scandale dans la presse.Voici un écho tout neuf déjà significatif qui vient de paraître dans un journal du soir:
« Paris Soir », 25 août 1938

Le « gratte-ciel cartésien » est né en France (Salon d’automne 1922, Une Ville contemporaine). Il est une fonction rigoureuse de deux éléments à considérer: l’étendue au sol, la hauteur du cube bâti. C’est, par excellence, l’outil de mise en ordre de phénomènes urbains précis.

Extrait de Le Corbusier, Oeuvre complète, volume 3, 1934-1938

  • Gratte-ciel Cartésien, sans lieu
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