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Billeterie

Urbanisme

Marseille, France, 1945

  • Urbanisme, Marseille-Veyre
    © FLC/ADAGP
Urbanisme, Marseille-Veyre
© FLC/ADAGP

INFOS PRATIQUES

Projet non réalisé

Marseille a toujours exercé sur Le Corbusier un attrait fascinant. A chaque fois il s’accordait le pèlerinage du Vieux-Port, essayant de discerner comment ce lieu si pathétique se transformerait un jour pour s’accorder à la vie moderne. Ce jour est arrivé. Le Pont-Transbordeur qui semblait un des ornements inéluctables de la ville fut détruit. Deuil irréparable? Le Corbusier s’aperçut que la disparition du Pont-Transbordeur libérait à vrai dire le Vieux-Port. Mais le Vieux-Port en partie aussi avait été détruit. C’est alors que Le Corbusier fit, en 1943, le croquis montrant comment il entendait tirer parti de ce paysage de grand port mondial, de ce lieu capital, en détectant deux terrains disponibles, le premier sur la place de la Bourse et le second sur la crête de l’Hôpital de la Charité. Sans démolitions presque, il installait en plein cœur de la ville; des organes essentiels.

Le 14 octobre 1947, il posait la première pierre de l’Unité d’Habitation du boulevard Michelet dont la construction devait durer cinq années. Le 15 octobre 1947, de la fenêtre de l’Hôtel Beauveau sur le Vieux-Port, le crayon le sollicitait à nouveau, et il se décidait à exprimer avec plus de netteté l’idée qu’il couvait depuis si longtemps. Le Corbusier a toujours détesté dessiner trop vite, trop tôt, avant que les idées ne soient devenues claires, s’étant formées dans son esprit; et le dessin n’intervenait qu’en dernière minute, devenant une conclusion. Le 15 octobre 1947, il fait cette esquisse du Vieux-Port, mais il l’a faite devant témoin: un de ses amis d’alors, président de l’Ordre des Architectes de Marseille. Désormais l’idée courait saisissable par qui le jugerait opportun. Cette idée est un thème double, un binôme: sur la place de la Bourse serait dressé le gratte-ciel de la cité d’affaires (du port mondial qu’est Marseille). Déjà, dans les travaux de l’Ascoral, au temps de l’occupation, il avait indiqué dans une carte à vol d’oiseau, la présence de ces organes nouveaux: les cités d’affaires verticales, debout sur les lieux prédestinés: Le Havre, Paris, Lyon, Marseille et Alger. Pour Paris, depuis des années, son plan était dessiné contenant les gratte-ciel de la cité d’affaires. Sur Le Havre, il avait esquissé un plan qui lui fut refusé d’exécuter. A Marseille, l’idée se dévoilait. A Alger, pendant dix années, il avait recherché ce point stratégique de l’activité économique de la capitale de l’Afrique du Nord: le gratte-ciel du « Bastion 16 » dont le projet définitif date de 1939, année qui fut celle de la déclaration de la guerre

Le Vieux-Port de Marseille rassemblait donc ici les volumes bâtis, capables de susciter, en face des montagnes et en face de la mer, des silhouettes émouvantes et capables aussi de contenir les locaux nécessaires aux affaires, à l’habitation et à certains éléments du centre civique. Sur la rive même du Vieux-Port, à gauche et à droite de la Mairie, Le Corbusier retrouvait l’emplacement de l’ancien théâtre antique, au bord de l’eau; il laissait apparaître la silhouette de la cathédrale, ainsi que la silhouette proportionnée de l’église catalane, la silhouette du Fort Saint-Jean. Le tout faisait un paysage magnanime. Mais jamais Le Corbusier ne fut questionné sur l’avenir de Marseille (la ville qu’il aime!). Les urbanistes s’y succédèrent, mais sans lui.

« L’Unité d’Habitation » du boulevard Michelet à Marseille était en pleine construction. L’apparition d’un édifice de cette taille au milieu des cabanons de la banlieue marseillaise obligeait à réfléchir sur la manière dont se développerait éventuellement ce nouveau mode de vivre incarné dans les « Unités d’Habitations ».

Grâce à un homme du métier, un géomètre connaissant les ressources en territoire disponible dans la région marseillaise (homme dont nous ne citerons pas le nom, mais dont nous affirmons ici la valeur créatrice), un projet put être envisagé, capable de rassembler une population considérable sans entraîner pour cela des expropriations ni des créations routières coûteuses. Le projet de « Marseille-Veyre » est né, offrant la possibilité de loger plus de 40.000 habitants dans des conditions exceptionnelles, semblables à celles de l’Unité du boulevard Michelet. Les routes d’accès préexistent; leur raccord à la nouvelle artère desservant l’agglomération projetée est aisé. Le projet de « Marseille-Veyre » se relie au projet « Marseille-Vieux-Port-Place de la Bourse-Colline de la Charité ».

Extrait de Le Corbusier, Oeuvre complète, volume 5, 1946-1952

  • Urbanisme, Marseille-Veyre
    © FLC/ADAGP
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