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Billeterie

Unité d'Habitation

Berlin, Allemagne, 1955-1958

« Je demande à l'opinion allemande de s'exprimer sur le principe de l'altération arbitraire de mes plans au moment de l'exécution de l'Unité d'Habitation à Dreieck. Mes plans sont le produit d'études, de méditations, d'essais et d'expériences inlassables remontant à 1907, c'est-à-dire à cinquante années ; ils ont fourni l'Unité d'Habitation .[…] A-t-on le droit à Berlin, malgré tous les efforts loyaux de l'autorité, de défigurer dramatiquement l'œuvre d'un hôte - d'un homme qu'on a appelé et honoré d'une commande exceptionnelle ? »
Le Corbusier, « À l’attention du public », Paris, le 28 aout 1957

La commande

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne est un pays détruit qui doit faire face à un besoin considérable de nouveaux logements. Ils seront initiés avec près de dix ans de retard sur la France. À Berlin-Ouest, ce ne sont pas moins de 500 000 logements qui sont à reconstruire.  

Dans la lignée des grandes expositions internationales consacrées aux problèmes de l’urbanisme et du logement, l’Allemagne lance l’Interbau (qui ne se tiendra qu’en 1957), manifestation consacrée à la construction, à l’architecture et aux techniques expérimentales. Dès février 1955, le Sénat pour la construction et le logement convie Le Corbusier à participer à l’exposition — au même titre que Alvaar Aalto, Walter Gropius et Oscar Niemeyer — et à soumettre un projet pour le concours organisé à cette occasion. C’est la deuxième fois que Le Corbusier est invité à construire en Allemagne, près de trente ans après les Maisons de la Weissenhof-Siedlung à Stuttgart.

Le Corbusier est le seul architecte autorisé à choisir son terrain, car le quartier d’Hansa, prévu initialement pour accueillir la construction, n’est pas assez grand pour accueillir un bâtiment de la taille de l’Unité d’Habitation. C’est donc à Charlottenburg, à l’ouest de la ville, qu’est conçue la future unité. Le terrain de 4 ha, situé sur une colline, est proche du stade olympique construit pour les jeux de 1936.

Le projet

Les premiers dessins sont esquissés à l’Atelier du 35 rue de Sèvres en mars 1956, et reprennent dans les grandes lignes les caractéristiques de la Cité Radieuse de Marseille. Comme à Marseille, l’Unité d’Habitation de Berlin doit être équipée de rues commerçantes et de services (boîte de dépôt d’ordonnances pharmaceutiques, halte-garderie, école). L’avant-projet prévoit également un parking souterrain.

En juillet 1956, le Baupolizei (la police du bâtiment) impose des normes constructives restrictives, portant la hauteur minimum des logements à 2,50 m sous plafond, quand Le Corbusier a fixé, selon les normes du Modulor, une hauteur de 2,26 m. Il s’agit de la première d’un grand nombre d’atteintes à l’intégrité du projet de Le Corbusier. De nombreuses modifications seront apportées, parmi lesquelles la suppression de l’escalier de secours extérieur, la double-hauteur, les équipements (commerces et services) ou encore le parking et surtout le toit terrasse (sans équipements et rendu inaccessible). Malgré les oppositions répétées de Le Corbusier, ces éléments pourtant si importants ne sont pas intégrés au programme final.

Le gros œuvre débute en janvier 1957 et le chantier est achevé onze mois plus tard. Il est à bien des égards exemplaires : études techniques rigoureuses, durée record des travaux, préfabrication en usine et sur place… En résulte une Unité d’Habitation en béton brut de décoffrage composée de 557 logements, culminant à 53 m de haut pour une largeur de 23 m et une longueur de 141 m. La polychromie des façades est différente de celles des autres Unités, elle obéit à un système de duos de couleurs superposées (jaune/rouge, violet/blanc, vert foncé/blanc) sur les murs séparant les loggias et à un autre système de binôme de couleurs séparées par une oblique (noir/bleu, rouge blanc…).

Les appartements sont desservis par des rues intérieures, au nombre de dix, auxquelles on accède par deux ascenseurs. Chaque pallier est équipé d’un garage à vélos. L’Unité comporte 173 appartements d’une pièce, 267 deux pièces en duplex, 85 trois pièces en duplex, 4 quatre pièces et 1 cinq pièces en duplex, tous équipés d’une loggia. Les habitants bénéficient aussi d’espaces communs : le foyer, la poste, les magasins du rez-de-chaussée et la laverie.

N’ayant pas la possibilité de s’occuper lui-même de l’ameublement ni de le déléguer à un collaborateur de la rue de Sèvres, Ingrid Dlugos, architecte d’intérieur à Berlin, est autorisée par Le Corbusier à meubler quelques appartements pour l’Exposition.

UH Berlin © FLC / ADAGP/ Thomas Rosenthal
UH Berlin © FLC / ADAGP/ Thomas Rosenthal

Le devenir de l'immeuble

L’Unité d’Habitation de Berlin est toujours habitée aujourd’hui ; depuis 1979, il s’agit d’une copropriété. L’immeuble accueille des manifestations scientifiques et culturelles organisées par l’association Corbusierhaus Berlin fondée en 2004.

En 1974, une première restauration permet de limiter la dégradation des façades mais altère l’aspect brut du béton. Se succèdent alors plusieurs autres interventions en 1984 et 1986.

Le foyer, les rues intérieures et les façades sont classées au Denkmalschultz en 1994.

  • Unité d'Habitation, Berlin
    Photo : G.E. Kidder Smith 1962
    © FLC/ADAGP
  • Unité d'Habitation, Berlin
    © FLC/ADAGP
  • UH Berlin © FLC / ADAGP/ Thomas Rosenthal
    Unité d'Habitation de Berlin
    © FLC / ADAGP/ Thomas Rosenthal
  • UH Berlin © FLC / ADAGP / Bärbel Hoegner
    Unité d'Habitation de Berlin
    © FLC / ADAGP / Bärbel Hoegner
  • Unité d'Habitation, Berlin
    Photo : G.E. Kidder Smith 1962
    © FLC/ADAGP
  • Unité d'Habitation, Berlin
    © FLC/ADAGP
  • UH Berlin © FLC / ADAGP/ Thomas Rosenthal
    Unité d'Habitation de Berlin
    © FLC / ADAGP/ Thomas Rosenthal
  • UH Berlin © FLC / ADAGP / Bärbel Hoegner
    Unité d'Habitation de Berlin
    © FLC / ADAGP / Bärbel Hoegner